{"id":7289,"date":"2024-12-02T15:47:34","date_gmt":"2024-12-02T14:47:34","guid":{"rendered":"https:\/\/gipal.fr\/wordpress\/?p=7289"},"modified":"2024-12-10T11:15:26","modified_gmt":"2024-12-10T10:15:26","slug":"coup-denvoi-du-black-friday-le-textile-made-in-france-a-un-tournant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gipal-formation.fr\/wordpress\/2024\/12\/02\/coup-denvoi-du-black-friday-le-textile-made-in-france-a-un-tournant\/","title":{"rendered":"Coup d&rsquo;envoi du Black Friday : le textile made in France \u00e0 un tournant"},"content":{"rendered":"<p>(La Tribune,30\/11\/2024) Le textile made in France, dont l&rsquo;habillement, est \u00e0 un tournant. Entre recherche de comp\u00e9titivit\u00e9 et attente de la commande publique, son salut pourrait venir de l&rsquo;affichage de l&#8217;empreinte environnementale envisag\u00e9 en France et en Europe. \u00c9tat des lieux d&rsquo;une fili\u00e8re balbutiante.<\/p>\n<p>Le Salon MIF Expo qui s&rsquo;est tenu \u00e0 Paris d\u00e9but novembre a d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat (les organisateurs revendiquent plus de 100.000 visiteurs), voire l&rsquo;amour pour l&rsquo;habillement et les produits textiles\u00a0produits dans l&rsquo;Hexagone. Pourtant, seuls 3,3% des v\u00eatements achet\u00e9s en France chaque ann\u00e9e sont r\u00e9ellement issus de fili\u00e8res fran\u00e7aises,\u00a0selon l&rsquo;observatoire \u00e9conomique de l&rsquo;IFM, l&rsquo;Institut fran\u00e7ais de la mode.<\/p>\n<p>Comment expliquer un tel \u00e9cart ? La r\u00e9ponse tient en un mot : le prix. Un facteur d\u00e9cisif pour le consommateur, dont le pouvoir d&rsquo;achat a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mal par l&rsquo;inflation, le conduisant \u00e0 privil\u00e9gier les op\u00e9rations promotionnelles, comme le Black Friday qui a lieu vendredi 29 novembre.<\/p>\n<p><span class=\"widgetlink\"><span class=\"header-widgetlink\">Lire aussi<\/span><span class=\"body-widgetlink\"><a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/entreprises-finance\/industrie\/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe\/made-in-france-produire-du-textile-en-france-peut-redevenir-rentable-si-les-volumes-croissent-1005560.html\">Made in France : \u00ab Produire du textile en France peut redevenir rentable si les volumes croissent \u00bb<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les initiatives de textile made in France &#8211; particuli\u00e8rement sur le segment de l&rsquo;habillement &#8211; sont d\u00e9sormais confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fi de taille : devenir accessible, en r\u00e9duisant leurs co\u00fbts. Et ce, dans un contexte de concurrence exacerb\u00e9e par la folle\u00a0 croissance de la fast fashion, port\u00e9e par des marques comme <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/entreprises-finance\/industrie\/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe\/acheter-temu-shein-et-aliexpress-pourrait-couter-plus-cher-l-ue-veut-leur-imposer-des-droits-de-douane-1001388.html\">Shein<\/a>.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;enjeu principal\u00a0du made in France, c&rsquo;est bel et bien sa comp\u00e9titivit\u00e9, avec une attention particuli\u00e8re sur le co\u00fbt du travail. C&rsquo;est tout le d\u00e9bat sur l&rsquo;imp\u00f4t de production. Mais l&rsquo;\u00e9nergie est aussi un sujet, alors que sur le papier la France a un avantage concurrentiel incroyable \u00bb, s&rsquo;agace Olivier Ducatillion, le pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des industries textiles, qui regroupe 2.400 entreprises et 62.000 salari\u00e9s (dont la fili\u00e8re du textile technique).<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 l&rsquo;image de la d\u00e9sindustrialisation qu&rsquo;a connue la France pendant le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re du textile est pass\u00e9e de 400.000 salari\u00e9s en 1991 \u00e0 un peu plus de 100.000 en 2018, \u00e0 en croire une \u00e9tude de l&rsquo;Insee. \u00ab <em>Entre 1996 et 2015, elle a perdu 51% de sa production, 40% de sa valeur ajout\u00e9e et 66% de ses effectifs salari\u00e9s<\/em> \u00bb, selon l&rsquo;institut.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le textile est un m\u00e9tier manuel, la variable d&rsquo;ajustement \u00e9conomique est donc le co\u00fbt de la main-d&rsquo;oeuvre pour \u00eatre comp\u00e9titif (&#8230;). Tout l&rsquo;enjeu maintenant pour l&rsquo;habillement made in France est d&rsquo;\u00eatre accessible \u00bb, confirme Guillaume Gibault, le fondateur du Slip Fran\u00e7ais.<\/p><\/blockquote>\n<p><span class=\"widgetlink\"><span class=\"header-widgetlink\">Lire aussi<\/span><span class=\"body-widgetlink\"><a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/la-desindustrialisation-a-bien-ete-une-decision-ideologique-anne-sophie-alsif-economiste-962172.html\">\u00ab La d\u00e9sindustrialisation a bien \u00e9t\u00e9 une d\u00e9cision id\u00e9ologique \u00bb (Anne-Sophie Alsif, \u00e9conomiste)<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<h2>Se d\u00e9faire de l&rsquo;\u00e9tiquette haut de gamme<\/h2>\n<p>Fond\u00e9e en 2011, cette soci\u00e9t\u00e9 qui con\u00e7oit des sous-v\u00eatements masculins made in France s&rsquo;est attaqu\u00e9e au march\u00e9 avec une pi\u00e8ce \u00e0 40 euros l&rsquo;unit\u00e9. Son chiffre d&rsquo;affaires a atteint les 20 millions d&rsquo;euros au d\u00e9but des ann\u00e9es 2020.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Mais depuis 2022, en raison d&rsquo;un contexte \u00e9conomique difficile, nous voyons notre chiffre d&rsquo;affaires diminuer de 10% par an. Il n&rsquo;y a pas un march\u00e9 infini pour le slip haut de gamme. Il faut le vendre moins cher<\/em> \u00bb, constate l&rsquo;entrepreneur. Sa solution ? Automatiser le proc\u00e9d\u00e9 de production.<\/p>\n<p>Le Slip Fran\u00e7ais a ainsi investi dans un outil, \u00e0 hauteur de 15.000 euros. Il lui permet de fermer automatiquement la ceinture du slip, op\u00e9ration jusqu&rsquo;alors manuelle. Le tout, dans une nouvelle unit\u00e9 de production en r\u00e9gion parisienne qui regroupe 30 collaborateurs (sur un total de 70). L&rsquo;entreprise, qui travaille avec 40 fournisseurs fran\u00e7ais de mati\u00e8res premi\u00e8res et autant de confectionneurs hexagonaux, doit vendre 400.000 pi\u00e8ces \u00e0 29 euros l&rsquo;unit\u00e9 en 2024 pour envisager un avenir serein.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Aucune entreprise en France n&rsquo;avait cette machine. Nous sommes en train d&rsquo;acqu\u00e9rir la troisi\u00e8me. C&rsquo;est un risque important, mais nous d\u00e9montrons qu&rsquo;il y a des solutions pour made in France par l&rsquo;automatisation \u00bb, se r\u00e9jouit Guillaume Gibault qui dispose d\u00e9sormais d&rsquo;une capacit\u00e9 de production de 12.000 produits par semaine.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;habillement, doit sortir de cette image d&rsquo;un produit haut de gamme et inaccessible pour une majorit\u00e9 de consommateurs. Cette image est aussi partag\u00e9e par les consommateurs \u00e9trangers, comme le d\u00e9montre une r\u00e9cente enqu\u00eate d&rsquo;opinion command\u00e9e par<a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/economie\/france\/a-l-international-le-made-in-france-a-de-beaux-jours-devant-lui-1010717.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> CCI France<\/a>.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le textile fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par le luxe, il faut le reconna\u00eetre, mais cela nous a enferm\u00e9 dans ce positionnement d&rsquo;un produit haut de gamme. Nous avons abandonn\u00e9 toute une partie de la fili\u00e8re, celle capable de faire des produits \u00e0 des prix abordables. Or, l&rsquo;id\u00e9e que le co\u00fbt du travail en France fait le prix est totalement fausse ! Nous pouvons \u00eatre comp\u00e9titifs avec un circuit de distribution tr\u00e8s court. Nous sommes trois fois moins cher en distribution que certaines marques. Et ce que nous \u00e9conomisons sur cette partie marketing et distribution, nous l&rsquo;investissons dans le made in France \u00bb, expose Thomas Huriez, le fondateur et PDG de la marque de jeans fabriqu\u00e9s en France 1083 qui tente de r\u00e9tablir un \u00e9cosyst\u00e8me textile autour de sa soci\u00e9t\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;entrepreneur dit produire 50.000 jeans totalement made in France par an, avec une partie de la production internalis\u00e9e, pour un prix de vente de 99 \u00e0 159 euros. Cette strat\u00e9gie lui permet de r\u00e9aliser huit millions d&rsquo;euros de chiffres d&rsquo;affaires (60% depuis son site internet). Une performance industrielle r\u00e9alis\u00e9e avec la comp\u00e9tence d&rsquo;une centaine de collaborateurs, dont la moiti\u00e9 est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la production.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Nous avons la chance d&rsquo;avoir encore des \u00e9coles textiles en France, il faut valoriser ces m\u00e9tiers. Nous nommons &lsquo;op\u00e9rateur&rsquo; une multitude de m\u00e9tiers dans les usines, c&rsquo;est un certain manque de respect&#8230;<\/em> \u00bb, souligne le dirigeant.<\/p>\n<p><span class=\"widgetlink\"><span class=\"header-widgetlink\">Lire aussi<\/span><span class=\"body-widgetlink\"><a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/entreprises-finance\/industrie\/un-million-de-departs-a-la-retraite-le-defi-de-l-industrie-francaise-1012042.html\">Un million de d\u00e9parts \u00e0 la retraite : le d\u00e9fi de l&rsquo;industrie fran\u00e7aise<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<h2>L&#8217;empreinte environnementale, bou\u00e9e de sauvetage ?<\/h2>\n<p>S&rsquo;il est question d&rsquo;offre jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, la demande fait aussi partie de l&rsquo;\u00e9quation. Beaucoup des acteurs du made in France croyaient en l&rsquo;opportunit\u00e9 des Jeux Olympiques 2024 pour que la commande publique soit un acc\u00e9l\u00e9rateur de croissance. \u00c0 l&rsquo;heure du bilan, la d\u00e9ception domine.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab <em>Les JO, c&rsquo;est un \u00e9chec alors que l&rsquo;objectif c&rsquo;\u00e9tait que 20% des besoins en textile soient fournis localement, en France. La fili\u00e8re a besoin de la commande publique, davantage que de subventions<\/em> \u00bb, appelle Olivier Ducatillion de l&rsquo;Union des industries textiles.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab <em>On accuse souvent l&rsquo;Europe de tous les maux, mais il y a un v\u00e9ritable sujet autour de la commande publique pour nos entreprises. L&rsquo;industrie a besoin de visibilit\u00e9 et ces march\u00e9s peuvent le permettre. Les pouvoirs publics ne l&rsquo;ont pas encore compris<\/em> \u00bb, tacle de son c\u00f4t\u00e9 Thomas Huriez. Le gouvernement, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Marc Ferracci, ministre de l&rsquo;Industrie, est dans l&rsquo;attente d&rsquo;un rapport d\u00e9di\u00e9, avant de changer sa doctrine en la mati\u00e8re.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le textile fabriqu\u00e9 en France est au mieux sur un plateau, au pire sur une phase de d\u00e9croissance. Ce qui peut le sauver c&rsquo;est la l\u00e9gislation autour de l&#8217;empreinte environnementale, mais cela prendra du temps \u00bb, observe Olivier Ducatillion.<\/p><\/blockquote>\n<p>En ce sens, la ministre de la Transition \u00e9cologique, Agn\u00e8s Pannier-Runacher, \u00e9tait en d\u00e9placement \u00e0 l&rsquo;Institut Fan\u00e7ais de la mode, \u00e0 Paris, ce jeudi matin. Objectif : lancer la derni\u00e8re consultation publique sur le dispositif visant \u00e0 informer les consommateurs du co\u00fbt environnemental de leurs achats. \u00ab <em>L&rsquo;affichage du co\u00fbt environnemental (sur les \u00e9tiquettes, NDLR) permettra \u00e0 terme aux Fran\u00e7ais de savoir rapidement si le produit qu&rsquo;ils souhaitent acheter est plus ou moins vertueux \u00e9cologiquement<\/em> \u00bb, souligne son minist\u00e8re.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab La France veut \u00eatre en avance sur ce sujet et l&rsquo;appliquer d\u00e8s 2025. Si l&rsquo;affichage fran\u00e7ais est accompagn\u00e9 d&rsquo;une certaine forme de bonus-malus financier, \u00e7a sera tr\u00e8s int\u00e9ressant pour la fili\u00e8re\u00a0(&#8230;). L&rsquo;Europe avance en parall\u00e8le sur son propre affichage environnemental. Il y a des discussions sur les modes de calcul. Mais la m\u00e9thode europ\u00e9enne pr\u00e9voit de favoriser le v\u00eatement en polyester, autrement dit la fast-fashion et non pas le coton bio ou la laine, mati\u00e8res sur lesquelles est positionn\u00e9e la fili\u00e8re fran\u00e7aise \u00bb,\u00a0avertit Guillaume Declair, cofondateur de la marque Loom et du mouvement En Mode Climat, \u00a0qui participe aux travaux fran\u00e7ais sur le sujet.<\/p><\/blockquote>\n<p>Enfin, reste l&rsquo;\u00e9pineux dossier du cr\u00e9dit d&rsquo;imp\u00f4t collection (CIC), un soutien fiscal de 40 millions d&rsquo;euros menac\u00e9 dans le projet loi de finances (PLF) 2025. Cet outil fiscal b\u00e9n\u00e9ficie principalement aux PME de la fili\u00e8re textile en France et encourage \u00e0 l&rsquo;innovation. \u00ab <em>C&rsquo;est le seul argument de comp\u00e9titivit\u00e9 qui nous reste dans notre secteur pour la France !<\/em> \u00bb, s&rsquo;inqui\u00e8te le pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des industries textiles dont 80% des adh\u00e9rents en b\u00e9n\u00e9ficient. Verdict dans les jours \u00e0 venir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>(La Tribune,30\/11\/2024) Le textile made in France, dont l&rsquo;habillement, est \u00e0 un tournant. 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