
Ajouter aux favoris
(The Shift Project, 10/12/2021) L’objectif de ce rapport est d’évaluer les transformations de l’emploi, en volume et en compétences, qui permettront à la France de basculer vers une société bas carbone telle qu’elle est proposée par le Plan de transformation de l’économie française (PTEF). Il s’agit également d’identifier des pistes concrètes pour s’y préparer dès aujourd’hui, à tous les échelons, du niveau individuel au niveau des politiques nationales. L’ampleur inédite de cette transformation et son caractère systémique supposent en effet qu’elle soit anticipée, discutée et planifiée à l’échelle de la société et sur une base factuelle.
C’est d’autant plus vrai pour la question cruciale de l’emploi : il s’agit d’en faire l’un des moteurs d’une décarbonation organisée et réussie, plutôt qu’une variable d’ajustement soumise à la fréquente brutalité des choix faits dans l’urgence. Les contraintes énergétiques et climatiques,
elles, nous rattraperont tôt ou tard. La « ressource humaine » est un des facteurs clés de réussite, sinon le principal, de cette nécessaire transformation.
L’emploi de tous les secteurs sera impacté par la transformation bas carbone, mais de manière très hétérogène, et parfois massive
L’analyse méthodique des transformations de l’emploi couvre tous les secteurs du PTEF : 11,9 millions d’emplois actuels, soit 45 % de la population en emploi, font l’objet de notes emploi sectorielles détaillées. Onze secteurs ou sous-secteurs représentant 4 millions d’emplois et étant les plus directement concernés par la décarbonation (transports, logement, agriculture, certaines industries, etc.) font l’objet d’une analyse quantitative qui aboutit à une croissance nette modérée de la demande de main-d’œuvre à horizon 2050 (de l’ordre de + 300 000 emplois), cachant de fortes créations (1,1 million) et destructions (800 000).
L’agriculture verrait la plus forte hausse nette avec près de 500 000 emplois
supplémentaires sur les trente prochaines années. Cela viendrait notamment de la relocalisation de la production de fruits et légumes (+ 366 000), de la généralisation des pratiques agro-écologiques (+ 133 000), et de l’intégration d’activités de valorisation par les producteurs (+ 42
000) ; effets partiellement compensés par la baisse de la transformation de produits animaux et du négoce (- 79 000), car on mangera plus local.
La décarbonation du logement apparaît également négativement impactée en termes de besoins de main-d’œuvre avec une perte nette de près de 100 000 emplois pour le secteur dans son ensemble selon un scenario moyen (voir le rapport du Shift Project « Habiter dans une société bas carbone »). L’augmentation dans la rénovation (+ 100 000) est plus que compensée
par la forte diminution des activités de construction neuve (- 190 000) nécessaire pour la décarbonation complète du secteur. En outre, décarboner la construction neuve signifiera utiliser moins de ciment et de béton, mais aussi plus de bois : au bout du compte, cela signifie un gain
net d’un peu plus de 10 000 emplois sur l’ensemble des trois activités, ciment, béton et bois. Lire la suite de la synthèse