
Ajouter aux favoris(La Tribune, 03/09/2024) Arrêté depuis plus de 50 ans, l’exploitation minière de cuivre pourrait-elle renaître dans les Monts du Lyonnais et le sud du Beaujolais, près de Lyon ? Le permis d’exploration, obtenu par la Compagnie d’Exploration de la Brévenne (CEB) en juillet dernier, ouvre la porte à cette possibilité. Mais avant qu’une telle activité puisse reprendre vie dans la région, le chemin pour s’assurer de sa rentabilité est encore long.
Pendant des décennies, le sous-sol du Beaujolais et des Monts du Lyonnais (Rhône) a été exploité. Au milieu du XVème siècle déjà, les frères Baronnat y ont produit 630 kilos de cuivre. Une activité qui s’est poursuivie, avec, en parallèle l’exploitation de la pyrite, jusqu’à la fermeture des mines de Bel / Saint-Palud en 1972. Les mines de Chessy avaient déjà cessé leur activité depuis 1877.
Cinquante ans plus tard, et quelques mois après la signature de la réglementation européenne sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act, CRM Act, en mars 2024), de nouvelles études d’exploration vont être réalisées. En effet, la filiale de la Compagnie française des matériaux stratégiques, la Compagnie d’exploration de la Brévenne (CEB) créée en 2023 et financée par des capitaux franco-britanniques, a obtenu en juillet dernier un permis exclusif de recherches de mines (PERM).
Celui-ci couvre une zone de 94,12 km, située à proximité de l’ancienne mine du Chessy, comprenant 12 communes, du sud du Beaujolais aux Monts du Lyonnais (Bagnols, Bessenay, Bibost, Brullioles, Brussieu, Bully, Châtillon, Chessy, Le Breuil, Saint-Germain-Nuelles, Saint-Julien-sur-Bibost et Savigny).
Son objectif : confirmer des études passées et vérifier la présence de cuivre et de zinc mais aussi d’argent, d’or, de cobalt, de nickel, de tantale, de platine, de lithium, de gallium… et autres métaux et terres rares. Des éléments, pour certains, devenus essentiels dans le cadre de la transition énergétique.
L’entreprise, installée à Nancy, aura cinq ans pour réaliser ces recherches et tenter d’entrevoir le potentiel de ce gisement. Un permis renouvelable encore cinq ans avant d’envisager une potentielle exploitation. Mais rien n’est fait, tempère Etienne Le Goff, géologue et cofondateur de la Compagnie d’exploration de la Brévenne.
Confirmer les données historiques
Car il faut avant tout confirmer les estimations données. Des études menées par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières dans les années 1980 montraient déjà un potentiel important d’environ 5.000 tonnes de cuivre exploitables par an pendant quinze ans, rappelle l’ENS.
« La première étape consistera à collecter les données disponibles dans les archives, les compiler, les synthétiser et les représenter spatialement via des cartes. Une fois que l’on aura ce matériel, on vérifiera ce qu’il nous manque pour faire un bilan géologique complet », développe Etienne Le Goff.
Ensuite viendra le temps des prélèvements géologiques, avec des procédés et des méthodes mathématiques plus fins qu’à l’époque. Car aujourd’hui, une cinquantaine d’éléments chimiques sont analysée par échantillon, cite en exemple le fondateur de la CEB.
« On prendra les données historiques puis on en fera un modèle que l’on devra confirmer. Nous réaliserons un sondage avec une foreuse qui fera un trou de 6 à 10 cm de diamètre et s’enfoncera jusqu’à l’endroit souhaité pour prélever de la roche. On pourra y réaliser toutes les mesures modernes d’éléments chimiques. Et nous regarderons si c’est cohérent avec les données historiques », poursuit Etienne Le Goff.
Si les résultats coïncident, cela permettra à la compagnie de réduire le nombre de forages à effectuer. Dans tous les cas, l’entrepreneur l’affirme : « L’objectif n’est pas de forer tous les 25 mètres sur cet espace. Il faut les réaliser de manière chirurgicale, en se concentrant d’abord sur les gisements connus ». Puis sur des zones stratégiques, afin d’assurer la reproductibilité du modèle.
Sans compter que le coût de ces forages est élevé, confie t-il, ce qui rend même difficile le chiffrage exact de cette première phase. L’entreprise s’est néanmoins déjà engagée sur un investissement à hauteur de 7,5 millions d’euros.
Des projections économiques à 10 ou 15 ans
Et si les données sont confirmées, une nouvelle étape s’ouvrira : celle de la projection. Car la viabilité du projet ne dépend pas uniquement de la quantité de cuivre présente dans le sous-sol mais aussi des coûts d’exploitation, du potentiel d’extraction mais aussi des coûts du cuivre dans 5, 10 voire 20 ans et du marché à couvrir.
« Des ingénieurs miniers vont lister tous les coûts. On leur donne la forme du gisement, les teneurs, notre modèle de prédiction scientifique et ils vont regarder les process pour voir si on peut extraire 90% des métaux identifiés ou si on ne pourra en traiter que 60%. Auquel cas, cela fait 40% d’entrée en moins. Puis, ils analyseront ensuite tous les coûts », révèle Etienne Le Goff, qui estime que la France possède des savoirs faire de haute qualité en la matière qui permettent « d’imaginer des systèmes d’exploitation à très haute valeur ajoutée ».
A cela s’ajoutera également un point important : le cours du cuivre, particulièrement élevé aujourd’hui comparé aux années 1980. Celui-ci a dépassé les 10.000 dollars la tonne en mai 2024, pour la première fois depuis 2022, indique Mineral Info, le portail des ressources minérales non énergétiques. Soit une augmentation de 25% par rapport au début de l’année 2024.
« Nous sommes sur des gisements polymétalliques avec du cuivre, du zinc, de l’argent, etc», rappelle l’entrepreneur. Au-delà du cuivre ou du zinc, ce projet pourrait donc conduire à l’exploitation d’autres métaux présents dans une moindre mesure comme le lithium ou le gallium, essentiels pour la transition énergétique ou encore les puces. Une exploitation qui ne serait pas rentable si elle était uniquement concentré sur eux mais qui pourrait devenir pertinente adosser à celle du cuivre.
Un contexte géopolitique favorable
« La notion économique est très relative dans le temps », résume ainsi Etienne Le Goff, glissant vers le contexte géopolitique actuel. En effet, la crise de Covid-19, la guerre en Ukraine et les multiples tensions politiques et économiques qui maillent l’ensemble du globe poussent l’Europe à tenter de réduire une partie de sa dépendance aux puissances étrangères. Comme en témoigne l’adoption, en mars dernier, du CRM Act qui vise notamment à ce que 10% de la consommation de matières premières critiques de l’Union européenne provienne de l’extraction européenne d’ici à 2030.
Lire aussi Dans l’Allier, les villes se battent pour arracher l’usine de traitement du lithium d’Imerys
De même que le lithium, le cuivre est une ressource importante dans le cadre de la transition énergétique. Ces propriétés de conductivité électrique et thermique en font un élément stratégique dans l’automobile (voitures électriques) mais aussi la construction ou encore la fabrication de composants électroniques.
Si le recyclage est aussi une voie qui se développe, elle ne suffira pas à répondre à la demande croissante. Croissance à laquelle s’ajoute un enjeu de stockage, ajoute Etienne Le Goff. « Quand on construit une maison, les fils en cuivre seront recyclés uniquement lorsque la maison sera détruite, pas avant. »
D’où l’importance d’envisager d’autres sources d’approvisionnement, d’autant plus si cela permet de réduire une éventuelle dépendance. Quand bien même un seul site ne suffira pas à combler les besoins français en la matière.
Une exploitation encore à dessiner
Pour mener ces études, la société dispose d’une période de cinq ans renouvelable. Si par la suite, elle souhaite passer à l’exploitation, une autre étape administrative s’ouvrira. De même que la recherche d’actionnaires pour financer le projet.
« On a un droit de suite légitime car on a fait les études auparavant. On devra déposer un autre dossier pour répondre à des questions techniques, environnementales et sociales », détaille le co-fondateur de la CEB. Et si à l’heure actuelle la méthode d’extraction précise n’est pas déterminée, « nous ne ferons pas de mine à ciel ouvert, la typologie du gisement ne s’y prête pas et ce n’est pas ma philosophie », assure l’intéressé.
Quid de l’impact sur l’environnement ? L’entreprise assure sur son site qu’une évaluation environnementale sera réalisée, que le calcul des impacts du projet sera transparent et que des études seront effectuées concernant la réhabilitation des sites d’exploration.
Reste à savoir comment la population a accueilli et accueillera cette décision. Etienne Le Goff assure avoir informé tous les maires concernés de ce projet et de l’obtention de ce fameux permis. Une information confirmée par le collectif Quicury, créée à l’initiative d’un groupe de citoyens et d’associations locales en 2019 et qui représente une partie des territoires concernés par le permis.
Une consultation publique a d’ailleurs été réalisée durant trois semaines en avril 2024. Et un site internet a été créé pour expliquer ce projet et recevoir les questions du public. Ce permis désormais obtenu, le projet passe dans une autre phase où l’entreprise indique vouloir être plus présente localement pour échanger aves les concernés.
Mais d’ores et déjà, le collectif Quicury témoigne de son mécontentement après avoir appris la réalisation de cette consultation par la presse et met en avant une mauvaise organisation. L’un de ses membres critique également la complexité des documents présentés, « très techniques et difficiles à étudier en si peu de temps ». D’où une demande effectuée à la préfète de repousser le délai de la consultation, qui s’est soldée par un refus.
Cependant, il assure ne pas s’opposer par principe à un tel projet de mine. « On préfère que ce soit fait chez nous dans des conditions sociales et environnementales » plus justes. Une réunion est prévue prochainement avec d’autres collectifs représentant des territoires également concernés par ce permis pour échanger des connaissances.