
Ajouter aux favoris(La Tribune, 29/08/2024) Le fabricant ligérien de piscines a publié cet été des résultats en net recul. Des chiffres à l’image d’une filière déstabilisée par le retrait des ventes depuis deux ans, après une période de croissance très forte. Pour autant, l’entreprise familiale, cotée en bourse, est confiante. Elle continue de dégager des résultats suffisants pour poursuivre son plan d’investissement de près de 40 millions d’euros amorcé en 2022 et qui doit la mener vers un très haut niveau d’intégration et d’automatisation.
Les résultats du premier semestre 2024 du fabricant de piscine ligérien sont à l’image du marché français : en berne, sans pour autant être considérés comme catastrophiques.
Plus précisément, chez Desjoyaux, le chiffre d’affaires du premier semestre de son exercice 2023/2024 (soit septembre 2023/février 2024) – bilan qui vient d’être publié -, s’affiche à 49,1 millions d’euros. La même période en 2023 était à 61,5 millions d’euros. Conséquence directe : le résultat net s’établit à 2,5 millions d’euros sur la première moitié de l’exercice en cours, lorsqu’il était à 6,2 millions d’euros sur le premier semestre 2022/2023.
Des données en ligne avec le retournement de tendance qui s’était amorcé dès 2021/2022 : après trois années de croissance record post-Covid qui avaient tiré le chiffre d’affaires annuel de 102,7 millions d’euros en 2019 à 160 millions d’euros en 2021, l’activité s’est d’abord stabilisée en 2022 avant de s’infléchir nettement en 2023 (-13,57%). Au vu du premier semestre (-20%), l’exercice 2024 devrait être de la même veine.
« Nous terminerons probablement cette année à 8.000 bassins équivalents 8×4 mètres (contre 9.109 en 2023 et 11.250 en 2022, ndlr). Et je pense que nous serons encore en recul en 2025 », prédit Jean-Louis Desjoyaux, le dirigeant de l’entreprise.
Partage de l’eau, inflation et incertitudes géopolitiques
La situation de l’industriel stéphanois illustre la situation globale du marché de la piscine. Selon le baromètre de suivi conjoncturel des ventes de piscines, établi par la Fédération Française des Professionnels de la Piscine et du Spa (FFP), l’activité des professionnels de la piscine était encore à la baisse sur les trois premiers mois de l’année 2024, pour le 8e trimestre consécutif. Selon la Fédération, la tendance annuelle s’affiche à -20,5%. En mars 2024, le chiffre d’affaires du secteur est même passé sous le niveau atteint fin 2020.
En cause, selon la filière, l’inflation associée à une baisse du pouvoir d’achat et un impact d’image, qui a suivi les épisodes de sécheresse de 2023. Jean-Louis Desjoyaux y ajoute « la météo très défavorable de ce printemps et du début de l’été et, surtout, une situation politique très instable ».
« L’achat de piscines est un indicateur du moral des consommateurs et de leur sentiment de sécurité. Actuellement, cet indicateur se porte assez mal, en particulier en France où le recul des ventes est assez marqué. Le marché allemand connait aussi une forte régression », résume l’entrepreneur qui relativise par ailleurs l’impact du sujet du partage de l’eau dans le ralentissement 2024.
« Oui en 2023, effectivement nous avons été attaqués de tous les côtés sur ce point, mais cette question là ne semble pas du tout au cœur de la problématique cette année. Plus personne ne nous parle de cela. Il faut quand même rappeler que la consommation d’eau liée aux piscines représente un très faible pourcentage de la consommation totale des Français. D’autant que la filière a fait beaucoup d’efforts sur ce sujet ».
La fédération des professionnels de la piscine estime à environ 20 millions de mètres cubes d’eau la consommation liée aux piscines en France. Soit, dit-elle, 0,06% de l’ensemble des usages de l’eau annuels (industrie, eau potable, agriculture etc).
Un plan d’investissement à 35 millions d’euros
Malgré le recul des ventes depuis deux ans, la fédération professionnelle ne s’alarme pas, observant un niveau d’activité comparable à la période pré-Covid et surtout, un intérêt toujours très marqué des consommateurs pour l’équipement de leur maison. Jean-Louis Desjoyaux, fidèle à lui-même, non plus.
« La piscine est un marché cyclique, nous en avons l’habitude. Notre trésorerie est toujours parfaitement saine. Nous avons tellement travaillé notre compétitivité qu’il faudrait vraiment que le marché s’effondre totalement pour que nous soyons en difficulté », assure le patron de l’entreprise familiale qui avait été créée par son père.
Son premier semestre s’est achevé avec une trésorerie de 65 millions d’euros (contre 69,6 millions sur les six premiers mois de l’exercice 2022/2023).
Preuve de cette confiance, le fabricant de piscine poursuit le déploiement de son plan d’investissement de 35 millions d’euros, lancé l’année dernière, et qui doit lui permettre notamment d’atteindre une capacité de production de 20.000 bassins par an (contre 15.000 actuellement).
Au menu : des machines, des moules, une nouvelle presse de très grande dimension, l’optimisation des flux de circulation, la création d’un nouveau bâtiment de R&D, la mise en place de transports automatisés au sein du site. S’y ajoute la construction d’un centre de tri du plastique à 10 millions d’euros, matière issue des ordures ménagères que l’industriel triera désormais sur place avant réinjection dans ses process de production.
Desjoyaux a également décidé, d’intégrer, prochainement la fabrication de la feuille de plastique pour le liner de ses piscines. Elle était jusqu’ici fournie par un partenaire canadien. Et puis, toute dernière phase d’intégration : la fabrication des moteurs des piscines. « Nous disposerons d’un outil industriel complètement intégré. Ce sera un atout concurrentiel majeur ».
Desjoyaux se positionne comme le leader français, sur un marché néanmoins assez partagé. En face de l’ETI ligérienne, se trouvent notamment Magiline, Waterair, Mondial Piscine…