
Ajouter aux favoris(LA Tribune, 18/09/2024) L’équipementier automobile de Beynost (Ain) déploie lui aussi un vaste plan de restructuration, appuyé sur un programme d’économies et sur une réorganisation de sa production. Confrontée à la crise que connaît actuellement la filière automobile et à la pression sur les coûts, il doit en effet gagner en compétitivité.
Le plan de restructuration avait été annoncé fin 2023. En cours de déploiement, il vise à faire remonter significativement, d’ici l’année prochaine, le niveau de compétitivité d’EFI Automotive, équipementier automobile de rang 1, spécialisé dans la conception et la fabrication de composants électroniques et mécatroniques. En travaillant sur les achats par exemple, ou encore en optimisant les performances industrielles et en réduisant la masse salariale.
72 postes sont supprimés, principalement sur son siège de Beynost (Ain), associés à une réduction drastique du nombre d’intérimaires. Les premiers départs se sont concrétisés au début de l’été.
« Ce n’est évidemment pas de gaieté de cœur que nous nous séparons de ces salariés, mais c’est une question de survie », assure Béatrice Schmidt, pdg de l’entreprise créée par son arrière-grand-père en 1936 (ex Electricfil). « La filière automobile française connaît aujourd’hui la transformation la plus profonde de son histoire, liée à la transition vers l’électrique et à la concurrence démesurée des Chinois. Nous devons nous adapter et impérativement réduire nos coûts ».
Omniprésence de la concurrence chinoise
L’ETI de 1.500 salariés (dont 600 à Beynost) a réalisé un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros en 2023 (résultat net non communiqué). Elle se dit aujourd’hui confrontée à une pression économique sans précédent.
« Les véhicules électriques coûtent plus chers à produire, ils nécessitent plus de R&D, plus de développements de software. Pour qu’ils restent accessibles au plus grand nombre et compétitifs face aux constructeurs chinois, les fabricants français et européens contiennent les prix, avec par ricochet, une pression forte sur leurs équipementiers et l’ensemble de la chaîne. D’autant qu’en face de nous, fournisseurs européens, nous avons une omniprésence chinoise sur les composants destinés aux véhicules électriques », poursuit la dirigeante.
Elle alerte sur un nécessaire soutien public à la filière, afin que ne s’enclenche pas une désindustrialisation européenne, au profit d’une trop forte dépendance à la Chine, synonyme d’une perte de souveraineté.
Rationalisation et délocalisation
La situation d’Efi Automotive illustre les difficultés rencontrées actuellement par l’ensemble de la filière française. Comme l’ETI de Beynost, plusieurs autres équipementiers ont dû, ces derniers mois, revoir leurs effectifs à la baisse : Autoliv en Seine-Maritime par exemple (55 postes de salariés supprimés) ou encore Bosh dans le Calvados. L’avenir de l’usine savoyarde de Bosch est lui aussi très incertain. D’autres, mettent carrément la clé sous la porte, comme Pullflex en Indre-et-Loire ou Imperiales Wheels (Indre) dont la liquidation judiciaire a été prononcée mi-juin.
On n’en est pas là chez EFI, promet-on du côté de la direction, mais il ne s’agit pas d’attendre que la situation se détériore outre mesure avant de réagir.
Concrètement, ce vaste chantier de restructuration se matérialise par des économies à tous les étages et une recherche de compétitivité. Les productions à faible valeur ajoutée, aujourd’hui produites sur le site de Beynost, seront délocalisées sur ses sites de production chinois et turque. Par exemple, les capteurs classiques.
« C’est une question de coût de production, mais aussi de rationalisation, en centralisant les mêmes productions sur un même site. Nous voyons déjà les premiers effets de ce plan, nous devrions avoir des retombées significatives d’ici deux ou trois ans », précise la Pdg de l’entreprise.
Dans le même temps, des investissements « significatifs » (montant non communiqué) sont annoncés à Beynost pour la R&D et de nouvelles lignes de production, ancrant un peu plus l’entreprise dans sa transition vers les véhicules électriques. Les nouvelles motorisations représentent aujourd’hui 20% de son chiffre d’affaires. L’objectif est d’atteindre les 50% à horizon 2030. Une transition incontournable pour une entreprise qui réalise 70% de son chiffre d’affaires en Europe.
Contactés pour livrer leur analyse sur la situation de l’entreprise, les délégués syndicaux CFDT et CGT n’ont pas donné suite à nos demandes.