Réindustrialisation : à Lyon, une usine de composants de vélos se lance dans la course

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(La Tribune, 21/10/2024) Avec sa nouvelle usine de fabrication de composants de vélos, dont l’installation est prévue au premier semestre 2025, 1432 compte apporter une solution industrielle à une filière française et européenne dont de nombreux acteurs cherchent à relocaliser. Avec un investissement global de 10 millions d’euros, le démarrage industriel est attendu pour cet automne.

75 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2029 avec plus de 100 salariés : le cap visé par le Lyonnais 1432 est très haut. Il semble d’autant plus ambitieux que l’industriel, positionné sur la fabrication de composants pour les vélos, n’a pas encore fini de construire sa première usine et qu’il affiche actuellement un effectif de 10 collaborateurs.

Ses dirigeants – Luc Larderet et Jean-Christophe Collet -, sont partis d’un constat qui ferait selon eux défaut à l’échelle du territoire : celui d’un équipementier de rang 1 qui fournisse des pièces à destination des fabricants français et européens de vélos. Un positionnement s’inspirant de modèles issus des secteurs automobile et aéronautique, et qui miserait sur l’automatisation et la digitalisation de son outil industriel.

Des composants français pour une filière en mal de relocalisation

Dans sa future usine de Saint-Priest, 1432 concevra et assemblera (en s’appuyant sur un écosystème industriel local de forgerons et décolleteurs notamment) différents composants qui seront développés sur mesure, à la demande des marques de vélos : des éléments de transmission (manivelles, plateaux, pédaliers, chaines), de position (tige de selle, potence, guidons), jeux de direction, gaines et câbles, cadres…

« Aujourd’hui, l’essentiel des composants de vélo est importé d’Asie. Il existe pourtant en France et en Europe de très nombreuses marques qui assemblent des vélos, l’ambition est de leur fournir une solution industrielle locale et compétitive. Nous voulons apporter notre pierre à la relocalisation de cette filière », explique Luc Larderet.

Comment l’entreprise lyonnaise, actuellement sur le site du Grand Plateau à Lyon, compte-t-elle concurrencer cette omniprésence chinoise et asiatique ? En s’appuyant sur une usine qu’elle présente comme « ultracompétitive » :  une usine 4.0 très automatisée et digitalisée. L’entreprise mise aussi sur de nouvelles conceptions, de nouveaux process et l’économie des coûts de transports. Ainsi que sur les besoins exprimés par une filière, contrainte par les attentes environnementales de leurs clients et encore traumatisée par les pénuries vécues pendant la crise sanitaire, alors même que la demande de vélos explosait.

« Nous serons en mesure d’afficher un coût global comparable à celui des produits asiatiques. Notre modèle permettra aux fabricants de vélos de gagner en valeur économique, financière et environnementale avec des délais d’approvisionnement réduits de 80% et une empreinte carbone évidemment largement allégée ».

10 millions d’euros d’investissement

1432 vise trois typologies de clients : les marques de renom, les marques de niche et les gammes premium des très grandes marques. Avec une capacité industrielle de manufacture revendiquée pouvant aller de quelques dizaines d’exemplaires à quelques centaines de milliers. Elle pourrait par exemple compter parmi ses clients, son voisin We Are Parts, la centrale d’achats lyonnaise créée récemment, justement pour faciliter l’accès des petites marques françaises à une production plus locale et à des tarifs plus compétitifs.

« Jusqu’ici les fabricants de vélo souhaitant des composants français, ou au moins européens, avaient peu de solutions industrielles disponibles, faute de volumes suffisants pour intéresser les industriels. Faire un vélo 100% français était extrêmement complexe. La situation évolue désormais, la filière du vélo s’organise et les capacités commencent à se mettre en place. L’initiative de 1432 est exactement dans cette lignée de relocalisation vers laquelle veut tendre la filière », analyse Vincent Monatte, consultant en économie et politiques cyclables, par ailleurs vice-président de la filière mobilité active du cluster CARA.

Fin 2026, 1432 devrait compter 35 salariés, dans un contexte de marché européen du composant de vélo estimé à plus de deux milliards d’euros sur son segment, avec une croissance annuelle de 8%. Soit de meilleures perspectives espérées que pour le marché grand public du vélo neuf, en baisse selon le dernier baromètre l’Union sport & cycle publié au printemps dernier, et qui tablait sur des stocks « encore significatifs » sur les mois à venir.

Après une première levée de fonds d’un million d’euros, 1432 annonce une levée « conséquente » en 2025 sur laquelle elle devrait prochainement communiquer. Le lancement du projet, avec l’installation dans l’usine de Saint-Priest, nécessitera à terme  un investissement global de 10 millions d’euros. Le démarrage industriel est programmé dans les prochains mois, avec une montée en puissance progressive jusqu’en 2026.