
Ajouter aux favoris(La Tribune, 23/09/2024) La nouvelle ministre du Travail, qui succède à Catherine Vautrin, espère incarner une nouvelle façon d’aborder la question de l’emploi. Ainsi, pour Astrid Panosyan-Bouvet, le taux de chômage ne saurait être le seul critère de réussite. De même, concernant la réforme des retraites, elle plaide pour une approche plus soutenable.
C’est dans un hall bondé, rue de Ségur dans le VIe arrondissement, qu’Astrid Panosyan-Bouvet a prononcé ses premiers mots en tant que ministre du Travail et de l’Emploi. Emue, cette proche d’Emmanuel Macron a d’emblée voulu inscrire son action en se démarquant des objectifs de performance affichés ces dernières années : « Le plein emploi ne doit pas être la seule priorité », a -t-elle asséné.
Et de poursuivre, « la réforme de l’assurance chômage n’est pas une urgence ». Autrement dit, il s’agit d’une véritable rupture avec la position du gouvernement précédent. Gabriel Attal, à Matignon, comme Bruno Le Maire à Bercy, n’avaient de cesse, avant la dissolution, de marteler que le durcissement des droits des demandeurs d’emploi devait se faire sans attendre.
Certes, Astrid Panosyan-Bouvet n’a pas précisé ses intentions concernant la réforme de l’assurance chômage suspendue entre les deux-tours des élections législatives, mais alors qu’elle était députée de Paris, elle s’était démarquée en montant au créneau contre le gouvernement, jugeant la réforme trop rude, notamment pour les seniors.
Le plein emploi ne fait pas tout
Ce lundi 23 septembre, lors de la passation de pouvoir, la nouvelle ministre n’a pas hésité à apporter une touche plus sociale : « le plein emploi n’est pas le travail, il ne dit rien de sa réalité individuelle et subjective… le travail, est un lieu de construction de l’estime de soi et du lien social, le moyen d’une vie digne et décente ». Et de mettre en avant la qualité du travail et ses conditions d’exercice, quitte à faire un pas de côté avec la promesse d’Emmanuel Macron d’atteindre le plein emploi à la fin de son quinquennat.
D’ailleurs voulant donner de la chair à son discours, elle s’est adressée à des travailleurs, chefs d’entreprise, demandeurs d’emploi… dont elle a égrené les prénoms et les lieux : « Je pense à Delphine, à Paris, qui en dépit de de son expérience et de sa motivation, à 50 ans passés, n’arrive plus à trouver d’emploi à la mesure de ses compétences et de ses envies. Je pense au dirigeant d’une grande usine de maquillage dans la campagne de Lassigny, et à celui d’une PME de remorques industrielles dans la périphérie de Compiègne qui ont les mêmes difficultés de recrutement…»
Rendre la réforme des retraites plus acceptable
Même voix dissonante concernant la réforme des retraites. Certes, pas question de revenir sur le départ à 64 ans, mais ce lundi, Astrid Panosyan-Bouvet a lancé qu’« il faut rendre la dernière réforme de l’assurance chômage soutenable pour tous et répondre aux anxiétés ». Et de justifier : « Travailler deux ans de plus dans un pays où passé 55 ans, on a le sentiment que l’on a plus tout à fait sa place dans le monde du travail, ou quand on a un métier qui est pénible, cela peut être anxiogène » . Lorsqu’elle était députée, Astrid Panosyan s’était beaucoup investie sur la question de l’emploi des seniors.
Objectif : le compromis
Enfin, concernant la méthode, la nouvelle ministre, – qui a souligné ses origines scandinaves, – haut lieu de la négociation sociale en Europe -, a fait un plaidoyer pour les compromis : « qui ne sont pas de la compromission », a-t-elle précisé.
Quel sera l’accueil des partenaires sociaux ? Si la CGT a d’ores et déjà prévu une journée de mobilisation le 1er octobre prochain – « comme un match retour concernant la réforme des retraites », les syndicats réformistes de la CFDT promettent en revanche de voir d’un bon oeil ses prises de positions. Le patronat, de son côté, est rassuré par le CV de la nouvelle ministre : passée par HEC et des grands groupes internationaux, Astrid Panosyan-Bouvet a aussi été chef d’entreprise.
Reste à voir quelles seront les marges de manoeuvre de celle qui fut une « marcheuse » de la première heure aux côtés d’Emmanuel Macron, dans un ministère qui, selon les lettres plafonds, a d’ores et déjà perdu 3 milliards d’euros de budget pour 2025.