
Ajouter aux favoris(La Tribune, 27/11/2024) Après avoir inauguré sa première usine en septembre 2022, la greentech Lactips finalise une levée de fonds de 16 millions d’euros. Cet apport vise à accélérer le déploiement international de son innovation phare : une substance biodégradable et soluble dans l’eau, fabriquée à partir d’une protéine du lait.
Lactips a créé un nouveau type de plastique biodégradable et biosourcé, issu de la transformation d’une protéine du lait, la caséine. Depuis la création de Lactips en 2014, l’entreprise a fait du chemin : son usine de Saint-Paul-en-Jarez (Loire), inaugurée en septembre 2022, emploie désormais 45 salariés.
Après avoir levé environ 20 millions d’euros depuis sa création en 2014, elle vient de clôturer un nouveau tour de table à 16 millions d’euros, qui signe l’entrée de deux fonds d’investissement européens, aux côtés de Bpifrance, BNP Paribas, Mitsubishi Chemical holding, BASF et Demeter. Il s’agit de Blue Ocean (Swen Capital Partners), intervenant sur les solutions innovantes contre les menaces pesant sur les océans et d’Impact Ocean Capital (géré par Go Capital), positionné sur le financement de l’économie bleue.
Les États-Unis et l’Asie en ligne de mire
Avec désormais un objectif : donner les moyens à Lactips de commercialiser en France comme à l’international ses granulats de plastique alternatifs, protégés par huit brevets. Jusqu’ici, la greentech a choisi de se concentrer sur trois segments de marché, le plus avancé étant celui des emballages alimentaires. Elle propose aux transformateurs un granulat naturel biodégradable et recyclable, à appliquer sur le papier pour lui conférer des propriétés barrière.
Les deux autres concernent le bioplastique d’épaisseur (avec des applications dans l’outdoor ou dans l’agriculture par exemple) et enfin les films (pour la détergence) et étiquettes hydrosolubles (bocaux, bouteilles, étiquettes de traçabilité…).
Selon la directrice investissements du fonds SPI de Bpifrance, Chloé Schiaffino, interrogée par La Tribune, chacun de ces segments représente un potentiel de marché mondial supérieur à un milliard d’euros.
« Des opportunités de développement significatives ont été identifiées aux États-Unis et en Asie, notamment au Japon. Le partenariat établi avec Mitsubishi, au capital de la société depuis 2020, atteste déjà de la pertinence de cette stratégie », analyse Chloé Schiaffino.
Une mise sur le marché envisagée dès 2026
Lactips a déjà noué des partenariats avec des industriels à l’étranger, dont le fabricant d’emballages américain Michelman et le Finlandais Walki, avec lequel elle a signé récemment un accord de coopération pour le développement d’un emballage alimentaire entièrement biodégradable.
Alors que la directive de l’Union européenne sur l’interdiction des plastiques à usage unique (pots de yaourts, sachets de barres chocolatées, sachets individuels de ketchup ou moutarde, etc.) d’ici le 1er janvier 2030 incitait déjà les fabricants de ces emballages à trouver d’autres alternatives, « trouver le matériau optimal qui protège les aliments de l’altération tout en étant entièrement biodégradable est un véritable défi. Mais la caséine répond à toutes les exigences de la réglementation sur le plastique à usage unique », commente Mats Käldström, directeur du développement et de l’innovation chez Walki Group. Au point d’envisager une mise sur le marché dès 2025/2026.
Montée en puissance industrielle
Pour autant, la quasi-totalité des accords et partenariats commerciaux actuels de Lactips sont encore à des étapes de validation industrielle, hormis son projet mené avec Guyenne Plastique (Lot-et-Garonne) qui produit d’ores et déjà des emballages souples pour les pastilles de dentifrice de 900.care, une jeune marque française de cosmétiques écolos.
Après plus de 10 ans de R&D, la start-up s’apprête à investir dix millions d’euros (soutenue par le programme Première Usine de France 2030) pour optimiser puis doubler ses capacités de production d’ici 2026. Une dizaine de recrutements y est associée.
« Nous pouvons produire 1.500 tonnes de granulats par an. En 2026, nous monterons à 3.000 », précise Alexis Von Tschammer, le directeur général de l’entreprise, annonçant, sans plus de précisions, un objectif de « plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026 », alors que celui-ci n’est plus communiqué publiquement depuis 2021.
Lactips, actuellement seule sur son créneau des granulats extrudés à partir de la caséïne, se trouve en concurrence avec d’autres développeurs de nouveaux biomatériaux tels les Anglais Xampla et BiomeBioplastics, le Français Greenfib ou encore l’Israélien Tipa.
Le marché mondial de l’emballage alimentaire devrait peser 478 milliards d’euros d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel moyen de 5,7%, porté par la consommation croissante de portions individuelles et la livraison à domicile, selon une étude du cabinet Grand View Research. La croissance annuelle des solutions d’emballages dites « durables » à partir de papier devrait même atteindre +6,4% jusqu’en 2030, en raison de la pression réglementaire à venir.