
Ajouter aux favoris(Fondation Jean Jaurès, 20/03/2025) Quand on a plus de 50 ans, quelles sont nos attentes professionnelles, nos aspirations personnelles et notre perception de l’avenir, dans un contexte d’incertitudes économiques et sociales ? L’étude menée par la Fondation Jean-Jaurès, la Macif, France Silver Eco et BVA Xsight auprès de 1003 salariés de 50 ans et plus sur leur rapport à l’entreprise, mais aussi auprès de 300 cadres dirigeants du secteur privé, livre de précieux enseignements.
L’enquête annuelle sur « Les jeunes et l’entreprise » est réalisée par la Fondation Jean-Jaurès et la Macif depuis 2021. Son objectif : définir et objectiver les attentes des jeunes vis-à-vis du monde de l’entreprise, le cadre de travail, les relations au travail, les valeurs portées par l’entreprise et l’employeur ou encore la compatibilité avec la vie privée. Après la pandémie de Covid-19, qui a remis en question l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, à l’heure où la « visio » permet, pour une certaine partie des salariés, d’assurer leurs missions depuis son salon, un café ou un tiers-lieu et, enfin, à l’ère de l’individualisation des parcours et la recherche de singularité, la construction d’un récit autour de l’appartenance à un collectif se trouve parfois entravée. Cette enquête a pour but d’observer les aspirations des jeunes salariés en entreprise, mais également leur évolution, année après année.
En 2024, la Fondation Jean-Jaurès et la Macif ont proposé à France Silver Eco d’intégrer ce partenariat afin d’étudier un autre aspect des aspirations des salariés et des mutations du monde du travail : le rapport des seniors à l’entreprise et au monde du travail. Allongement des parcours, salariés aidants de plus en plus nombreux, transmission des compétences et anticipation de la retraite… Dans un contexte de transition démographique et de vieillissement de la population, nous avons décidé de créer une déclinaison intitulée « Les seniors et l’entreprise ». Si l’idée principale de cet observatoire reste la même – adresser des questions (dont un tronc commun adressé également aux jeunes) à des salariés de 50 ans et plus –, la particularité de cette déclinaison a été de poser également des questions à des recruteurs et des managers afin d’analyser l’image qu’ils ont des salariés arrivant dans la dernière partie de leur carrière, en abordant les aspects aussi bien négatifs que positifs.
La première partie d’étude a donc été menée auprès de 1003 salariés âgés de plus de 50 ans. La seconde a été adressée à 300 cadres dirigeants (décisionnaires et cadres intermédiaires) du secteur privé.
Les seniors et l’entreprise, c’était mieux avant ?
Lorsque l’on observe les résultats de l’étude de manière globale, l’impression générale exprimée par les répondants exprime un certain « c’était mieux avant ». D’après les salariés interrogés, le rythme de travail est plus pénible, le travail est moins intéressant, la fidélité à l’entreprise est moins forte, les rapports entre salariés sont de moindre qualité. Lorsque l’on écoute ces seniors en entreprise, l’entreprise est un cadre moins agréable que par le passé mais, surtout, les salariés plus jeunes feraient moins bien qu’eux.

En effet, lorsque l’on interroge des salariés de plus de 50 ans sur le regard qu’ils portent sur telle ou telle pratique, le risque est de les inciter à se comparer à des salariés plus jeunes, âgés de 20, 30 ou 40 ans, à des niveaux de maturité, d’âge ou d’expérience bien différents du leur, à un instant donné. Concrètement, lorsque l’on interroge les salariés seniors sur les évolutions du travail les plus marquantes, une très grande majorité d’entre eux déclarent que les jeunes sont moins engagés dans l’entreprise (78% des répondants), qu’ils sont plus exigeants (77%), que leur fidélité à l’entreprise est moins forte (76%) ou encore que le rapport des jeunes au travail est plus distant (74%). Il est également intéressant de constater qu’en plus d’affirmer qu’ils font globalement mieux que les salariés jeunes, une majorité relative de répondants affirme même faire mieux… que leurs aînés, seniors avant eux. En effet, les répondants déclarent à 38% que les seniors d’aujourd’hui sont plus engagés dans l’entreprise qu’auparavant (33% pensent le contraire et 29% ne se prononcent pas, ce qui indique que les répondants sont tout de même partagés sur le sujet).
Ces résultats sont à mettre en perspective. Comme évoqué précédemment, les seniors ont probablement tendance à se comparer aux jeunes sur la base d’un ressenti et sans forcément se souvenir de leur état d’esprit lorsqu’ils faisaient partie des « jeunes ». Il faut souhaiter une longue vie à cet observatoire afin de permettre aux répondants « jeunes » de pouvoir entrer un jour dans la catégorie des « seniors » et de répondre aux mêmes questions afin d’avoir des éléments de comparaison robustes. En attendant, nous sommes face à une croyance tenace chez les répondants de 50 ans et plus que les choses se passaient mieux avant, tant d’un point de vue collectif (le cadre de l’entreprise) qu’individuel (le comportement ou l’état d’esprit du ou de la salariée).