Formation professionnelle 2026 : l’IA s’installe plus vite que les compétences

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Notre 4ᵉ Baromètre de la formation professionnelle révèle un paradoxe : tandis que l’intelligence artificielle s’impose à grande vitesse — adoptée par un professionnel sur deux en un an — les dispositifs de formation peinent à suivre. Dans le même temps, le financement redevient la priorité numéro un des entreprises, et la mobilité interne s’affirme comme un levier stratégique incontournable. Décryptage de ces dynamiques qui redéfinissent les contours de la gestion des compétences en 2026. 

Former davantage, avec des budgets plus serrés, à des compétences qui n’existaient pas il y a deux ans : voilà, en substance, la délicate équation à laquelle sont confrontés les décideurs formation en 2026. Notre 4e Baromètre de la formation professionnelle, mené auprès de 551 professionnels et décideurs entre mai et septembre 2025, en révèle la mesure à travers trois tendances majeures — et autant de défis à relever.

L’intelligence artificielle : une adoption fulgurante, une formation à la peine

Le premier fait marquant de cette quatrième édition de notre baromètre, c’est l’usage de l’intelligence artificielle en milieu professionnel qui a tout simplement doublé en un an. 51 % des répondants déclarent ainsi l’utiliser régulièrement ou ponctuellement, contre seulement 25 % en 2025. L’utilisation quotidienne, elle, a été multipliée par près de trois, passant de 9 % à 24 %. Parallèlement, près de 6 professionnels sur 10 (59 %) estiment que leur métier évolue sous l’effet de l’IA, soit 8 points de plus que l’année précédente. Les tâches chronophages (60 %) et l’analyse de données (57 %) constituent les premiers champs d’automatisation. Mais cette montée en puissance s’accompagne d’un déficit de formation préoccupant.

En effet, plus de la moitié des répondants (54 %) déclarent n’avoir reçu aucune formation à l’IA ! Parmi ceux qui en ont bénéficié, seuls 10 % ont été formés aux enjeux réglementaires et aux risques associés. Ce décalage entre la rapidité d’adoption et la lenteur de l’encadrement ou d’une gouvernance raisonnée de l’IA constitue un risque majeur pour les entreprises. Ce risque ? S’exposer au développement d’usages toujours plus nombreux, parfois critiques, sans qu’ils soient réellement maîtrisés. Les décideurs semblent prendre la mesure de l’enjeu : leurs priorités se recentrent sur les bases pratiques et le prompt engineering (14 %), l’acculturation, la conformité réglementaire (10 %) et, fait nouveau, l’expertise métier appliquée à l’IA (11 %).

Reste un paradoxe dans le paradoxe. Malgré ce déficit, 73 % des professionnels se déclarent confiants face à l’évolution de leurs missions. Excès de confiance nourri par la facilité d’accès aux outils, ou signe que les professionnels ont déjà intégré l’IA dans leurs routines sans attendre d’y être formés ? L’écart entre adoption et encadrement pourrait, à terme, altérer cette confiance.

Quand les budgets se resserrent, le financement redevient l’enjeu central

L’édition 2025 de notre Baromètre avait consacré la gestion des talents et la fidélisation comme préoccupations dominantes. En 2026, c’est le financement qui reprend la première marche du podium (64 %, +7 points). La gestion des talents recule à 62 % (-9 points), suivie par l’anticipation des nouveaux métiers dans le cadre de la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels ou GEPP (50 %) et la digitalisation/IA (40 %). Comment expliquer ce retournement ? Si 43 % des entreprises maintiennent leur budget formation et 35 % l’augmentent, la proportion de celles qui le réduisent progresse à 22 %, soit 5 points de plus qu’en 2025 — un signal d’autant plus marquant qu’il s’inscrit dans un contexte où chaque poste budgétaire est passé au crible. Du côté des financements externes, le CPF co-construit reste le premier dispositif mobilisé (32 %), devant le projet de transition professionnelle (26 %) et la Pro-A (17 %) – remplacé par la Période de reconversion depuis le 1er janvier 2026. La dotation volontaire au CPF s’impose comme une pratique bien ancrée : 73 % des décideurs déclarent l’attribuer à leurs collaborateurs.

Faut-il en conclure que la formation perd en importance stratégique ? Pas vraiment. Mais l’équation est inédite : comment maintenir l’ambition de montée en compétences quand les marges de manœuvre financières se réduisent ? La réponse passera par une optimisation plus fine des dispositifs et par un lien plus étroit entre investissement formation et retour mesurable.

La mobilité interne, nouveau pilier de la stratégie compétences

Quasiment absente du Baromètre 2025, la mobilité interne constitue l’une des nouveautés les plus significatives de cette édition. 76 % des répondants la jugent essentielle ou importante pour leur évolution professionnelle. Les entreprises ont manifestement pris la mesure de l’enjeu. Deux tiers d’entre elles (66 %) déclarent encourager la mobilité interne, en s’appuyant sur un arsenal de leviers où la formation occupe la première place (70 %), devant les évaluations de compétences et les entretiens de carrière (57 % chacun) et le mentorat (35 %). Quant à la mesure de l’impact, elle reste avant tout qualitative : retours d’expérience (51 %), augmentation de l’engagement (44 %) et taux de promotion interne après mobilité (35 %). Cette montée en puissance répond à un double impératif : dans un marché de l’emploi tendu, la mobilité interne constitue un levier de fidélisation moins coûteux qu’un recrutement externe, tout en s’inscrivant dans une logique de valorisation du capital humain existant où la formation joue un rôle de passerelle entre les postes.

De la gestion de dispositifs à l’orchestration stratégique

Au-delà des constats pris séparément, c’est leur combinaison qui doit interpeler : comment former massivement à l’IA quand les budgets se contractent ? Comment investir dans la mobilité interne sans outils adaptés ? Pour les décideurs formation, l’enjeu ne se limite plus à choisir entre ces priorités, mais plutôt à les orchestrer : former à l’IA, optimiser chaque euro investi, faire de la mobilité interne un véritable parcours de développement. C’est à cette triple équation que les professionnels de la formation devront répondre dans les mois à venir. Pour aller plus loin et découvrir l’ensemble de ces enseignements téléchargez la 4e édition de notre Baromètre de la formation professionnelle.