Le ministère du Travail lance « Impulsion IA » pour former l’ensemble des actifs à l’intelligence artificielle

(AEF Info) Doté de 80 millions d’euros et présenté le 22 septembre 2026, le plan « Impulsion IA » vise à accélérer l’appropriation de l’IA par tous les actifs et les entreprises en 2027. Son volet formation prévoit la création de plateformes destinées aux salariés, apprentis et demandeurs d’emploi, un soutien financier aux CFA, la priorisation du recours au CPF, une certification nationale confiée à l’Afpa, et une procédure simplifiée d’actualisation des certifications. Un AMI sera également lancé auprès des branches et des Opco afin de favoriser la conclusion d’Edec consacrés à l’IA en 2027.

Visuel principal Selon les chiffres de l'Insee, le taux d'adoption de l'IA dans les entreprises française s'élève à 18 % , contre 20 % en moyenne dans l'UE et près de 42 % au Danemark ou au Pays-Bas.
Selon les chiffres de l’Insee, le taux d’adoption de l’IA dans les entreprises française s’élève à 18 % , contre 20 % en moyenne dans l’UE et près de 42 % au Danemark ou au Pays-Bas.Crédit image :  ShutterStock – DC Studio

Doté d’un budget de 80 millions d’euros, le plan « Impulsion IA », présenté mardi 22 septembre 2026 à la Station F par plusieurs ministres, dont celui chargé du Travail Jean‑Pierre Farandou, vise prioritairement à rattraper le retard des entreprises françaises dans l’appropriation de cette technologie. Pour limiter le décrochage dans un environnement où l’IA « va bouleverser la géographie économique et redistribuer les parts de marché », ce plan s’articule autour de 12 mesures, dont six concernent directement le champ de la formation professionnelle et de la certification.L’initiative s’appuie sur deux constats principaux. D’une part, les entreprises françaises accusent un retard en matière d’adoption de l’IA, avec un taux de 18 %, selon l’Insee, contre 20 % en moyenne dans l’UE et des taux proches de 42 % au Danemark et aux Pays‑Bas. D’autre part, le déploiement de cette technologie est source d’inégalités entre les entreprises qui ont les moyens de se l’approprier et de former leurs salariés, et les autres, notamment les PME, qui sont exposées au décrochage et à une perte de productivité. « Notre objectif est une IA pour tous. Tous les salariés doivent pouvoir saisir les opportunités considérables qu’elle offre. Cela nécessite un effort important d’acculturation afin de former les actifs, de leur permettre de comprendre le fonctionnement de l’IA et de maintenir leur employabilité », souligne le gouvernement.Le ministère du Travail précise que la majorité de l’enveloppe sera consacrée au soutien aux CFA afin qu’ils développent leur offre de formation. L’enveloppe est programmée dans le PLF pour 2027 qui sera présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, et des possibilités de cofinancement seront favorisées, notamment dans le cadre du CPF. « Certaines mesures ne sont pas nécessairement coûteuses, comme la création d’une plateforme d’acculturation ou la signature d’Edec. Nous avons recherché une logique d’efficience. Nous aurons du mal à mobiliser beaucoup de financements nouveaux. »

Trois axes et douze mesures

Le plan s’articule autour de trois axes : acculturer et former les actifs ; sensibiliser et accompagner les entreprises ; soutenir le dialogue social et prendre en compte les effets de l’IA sur les conditions de travail. Le ministère précise que la majorité des mesures doivent être déployées en 2027. « La méthode que nous avons retenue explique le nom « Impulsion IA ». Ce plan vise à donner une impulsion. Il s’agit de créer des outils, d’apporter des financements, de simplifier les procédures et de mettre en place de nouveaux dispositifs afin que le monde des compétences puisse, à son tour, se mobiliser. Nous avons donné la priorité à la rapidité d’exécution », détaille l’entourage de Jean‑Pierre Farandou.Premier axe : acculturer et former les actifs

  • Création d’Explore IA : cette plateforme publique d’acculturation sera accessible sans prérequis et proposera un test ainsi que des parcours personnalisés et ludiques allant de l’initiation au perfectionnement. L’objectif est de répondre à un enjeu de souveraineté, dans un contexte où les services de ce type sont principalement proposés par les éditeurs d’IA, mais aussi d’améliorer les taux de complétion et d’engagement, qui restent faibles pour les offres reposant essentiellement sur des Mooc. La plateforme est en cours de conception par le programme Pix et devrait être accessible aux 30 millions d’actifs en janvier 2027.

  • Une plateforme destinée aux apprentis et aux CFA : elle devrait également être réalisée par Pix et proposer des parcours « clés en main ». Des travaux de préfiguration ont déjà été lancés. Avec 800 000 nouveaux apprentis par an, ce dispositif pourrait permettre d’acculturer et de former 2,5 millions de jeunes d’ici à 2030. « De manière complémentaire, les CFA volontaires pourront demander à devenir centres de certification agréées et proposer à leurs apprentis la certification Pix, reconnue par l’état et le monde professionnel », précise le ministère.

  • Un soutien financier aux CFA : il s’agit de soutenir les CFA dans le développement d’une offre portant sur les compétences nécessaires à l’adoption de l’IA, notamment le pilotage des transformations, le développement de l’IA appliquée aux métiers, la cybersécurité et les métiers de la donnée. La prise en charge des coûts pédagogiques sera majorée pour des parcours considérés comme prioritaires pour accélérer l’adoption de l’IA par les entreprises. Cette mesure sera mise en oeuvre au 1er semestre 2027 de même qu’un fonds national pour les CFA pour soutenir l’offre de formation qui représente un caractère stratégique pour une filière, un métier, un territoire.

  • Une certification nationale consacrée à l’IA : sa conception sera confiée à l’Afpa avec le soutien de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, afin de permettre une reconnaissance des compétences en IA sur le marché du travail et dans le système de formation professionnelle. Intitulée « Utiliser l’IA dans son activité professionnelle », elle permettra d’élargir les possibilités de suivre une formation à l’IA avec son CPF. Le ministère indique que, « dans le cadre de la réforme du CPF, l’IA deviendra une priorité nationale de formation » et que « les possibilités de financement » seront démultipliées. La réforme envisagée dans le cadre du PLF 2027 prévoit d’élargir les possibilités de cofinancement par un employeur, une branche, un Opco pour exonérer le titulaire de la participation forfaitaire obligatoire (PFO). Cette certification devrait être enregistrée au répertoire spécifique à la fin du premier trimestre 2027.

  • Un module d’acculturation à l’IA pour les demandeurs d’emploi : France Travail proposera à tout nouvel inscrit un parcours d’accompagnement à l’utilisation de l’IA. Celui‑ci bénéficiera d’un test de maturité, puis se verra proposer un parcours personnalisé. Différents outils seront mis en place. Une Académie des demandeurs d’emploi sera notamment lancée à l’automne avec des webinaires disponibles dans l’espace « Mes évènements Emploi » de France Travail. Elle constituera le point d’entrée de l’ensemble des ressources disponibles pour se former à l’IA.

  • Actualisation des certifications : dès lors que l’IA bouleverse les conditions d’exercice d’un métier, il est nécessaire d’adapter les compétences afin de prévenir l’obsolescence du stock de certifications. L’IA sera systématiquement prise en compte dans les procédures de révision des titres professionnels. La liste des métiers émergents ou en particulière évolution sera actualisée au fil de l’eau avec une procédure simplifiée d’enregistrement au RNCP. Le délai d’examen passera de six à trois mois. Par ailleurs, l’Afpa mobilisera ses incubateurs de compétences pour créer de nouveaux parcours et nouvelles certifications correspondant aux besoins émergents liés à l’IA.

Observatoire et Edec dédiés à l’IA

Par ailleurs, dans le cadre du troisième axe du plan gouvernemental, consacré au soutien au dialogue social et à la prise en compte des effets du déploiement de l’IA sur le marché du travail, deux autres mesures intéressent le champ de la formation professionnelle. La première porte sur la création d’un observatoire de l’IA sur le marché du travail afin « d’objectiver et d’éclairer le débat public ». Pour produire ces données, le ministère associera notamment France Travail, les branches professionnelles, le monde académique et les entreprises. Cet observatoire devrait être installé au premier trimestre 2027 et son programme de travail présenté au deuxième.Enfin, un AMI sera lancé auprès de l’ensemble des branches professionnelles et des Opco afin de favoriser la conclusion, en 2027, d’Edec consacrés à l’IA. L’ouverture du dépôt des projets est fixée la fin du mois de septembre 2026 et sera clôturée le 30 novembre 2026 avec une période d’instruction qui s’achèvera le 11 décembre 2026. Les résultats seront communiqués le 14 décembre et les Edec devront être réalisés entre janvier 2027 et décembre 2030. Le ministère considère que l’échelle de la branche est pertinente, car tous les secteurs ne sont pas concernés de la même manière et cette approche permet de « rester au plus près de la réalité ».