Biocluster lyonnais : ce nouvel arsenal de réponse rapide face aux virus émergents

(La Tribune, 24/09/2024) Vaccins, phages, tests diagnostiques… Le nouveau biocluster spécialisé dans la lutte contre les maladies infectieuses et l’antibiorésistance se met en jambe à Lyon. Présidé par le virologue Bruno Lina, il sera l’entremetteur entre les laboratoires de recherche et les industries de santé. À ce jour, quelques 26 projets sont à l’étude, pour une enveloppe globale de 120 millions d’euros pour cinq ans, divisée entre des fonds publics et privés.

« Nouvelle brique » dans l’écosystème médical lyonnais, le nouveau biocluster sur les maladies infectieuses et l’antibiorésistance est enfin sur les rails. Né de l’appel à l’appel à manifestation d’intérêt « biocluster » lancé par l’Etat dans son programme « Innovation Santé 2030 » au sortir de la crise sanitaire, il a été officiellement lancé ce mois de septembre à Lyon, via la création d’une association de préfiguration, en lien avec Bpifrance et l’Agence de l’innovation en santé.

Présidé par le professeur Bruno Lina, virologue au Centre international de recherche en infectiologie, chef de service aux Hospices civils de Lyon et membre du Conseil scientifique pendant la crise sanitaire du Covid-19, il vise à mettre en relation les laboratoires de recherche et les industries de santé afin d’accélérer l’arrivée de nouveaux projets, mais aussi garantir une meilleure réponse en cas de nouvelle épidémie.

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Contractualisé en septembre, lancé cet automne et pleinement opérationnel à partir de début 2025, le « BioCluster Français d’Innovation en Infectiologie » (BCF2I) est ainsi doté d’une enveloppe de fonctionnement et d’investissement de 120 millions d’euros sur cinq ans, divisée entre des fonds publics (60 millions d’euros de l’Etat via le Secrétariat général pour l’investissement) et privés (60 millions d’euros également) via trois partenaires industriels lyonnais : bioMérieux, Boehringer Ingelheim et Sanofi.

Ce dernier a par ailleurs inauguré mi-septembre, en présence d’Emmanuel Macron, une toute nouvelle usine de production de vaccins « modulable » à Neuville-sur-Saône, permettant de basculer la production en seulement quelques jours et ainsi répondre rapidement aux besoins de fabrication de doses en cas d’épidémie.

Tests diagnostics, nouveaux vaccins, phagothérapie… 26 projets identifiés

L’objectif est de faciliter les ponts entre la recherche et l’industrie. Pour cela, le biocluster travaillera avec l’université Claude Bernard Lyon 1, les Hospices Civils de Lyon, l’Institut Pasteur, l’Inserm-ANRS-MIE, l’APHP ou encore l’Université de Paris Cité.

Pour l’heure, la nouvelle entité ne comprend que deux membres permanents : le professeur Bruno Lina et Christophe Jacquinet, son nouveau directeur général, auparavant directeur général de l’Agence régionale de santé Rhône-Alpes (de 2011 à 2014), puis président du cabinet spécialisé Santéliance Conseil.

L’équipe, hébergée dans les locaux du pôle de compétitivité Lyonbiopôle, à Gerland (7e arrondissement), devrait s’étoffer dans les prochains mois, pour être pleinement opérationnelle à partir de janvier 2025.

Mais déjà, de premiers projets sont en ce moment étudiés : près de 26 ont ainsi été identifiés au cours des trois dernières années afin d’être « accélérés », c’est-à-dire aidés opérationnellement et financièrement. Certains d’entre eux sont même « presque terminés », dépeint le professeur Bruno Lina, président du biocluster : « Nous avons par exemple un projet d’intelligence artificielle avec Sanofi et des acteurs allemands sur l’évolution des virus, pour lequel le biocluster pourra jouer un rôle assez rapide ».

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Nouveaux vaccins, développement de tests diagnostiques avec bioMérieux… Le virologue nous livre d’autres exemples, comme celui des phagothérapies (à l’aide de bactériophages), développées afin de répondre à la résistance aux antimicrobiens dans des infections souvent complexes, aujourd’hui en impasse thérapeutique.

« A Lyon, un RHU (programme de « recherche hospitalo-universitaire » en santé ndlr) a été attribué pour mettre en place une plateforme de production de bactériophages cliniques et en faire une évaluation clinique dans des cas d’infections ostéoarticulaires », poursuit le professeur Bruno Lina.

« Le biocluster va accompagner le RHU pour faciliter la mise en place des essais cliniques et lui donner un accès à des plateformes cliniques plus larges. Mais aussi potentiellement aider à l’industrialisation de la production de bactériophages en allant au-delà du périmètre qu’ils utilisent déjà ».

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La méthode de sélection des projets doit, quant à elle, encore être confirmée.
« Certains passeront par Bpifrance », poursuit le président. « D’autres par des accords de gré à gré entre le biocluster et les industriels ».

Dans ce deuxième cas, l’évaluation sera être faite conjointement par des experts scientifiques, membres d’un comité d’orientation stratégique en cours de formation. Il sera composé de huit personnes issues des partenaires académiques et industriels.

« Si l’on identifie un sujet très prometteur, on va essayer d’être en capacité, en moins de deux mois, d’apporter un soutien financier qui leur permettrait d’aller plus vite sur le développement », poursuit Bruno Lina.

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Outre ces deux premiers circuits de sélection, d’autres projets seront également retenus dans des appels d’offres, lancés par le biocluster. Par exemple, « nous pourrions en lancer un sur la recherche d’un nouveau vaccin contre la grippe aviaire », ajoute le virologue, qui souligne ici la dimension « one health » du pôle, à savoir une approche systémique et globale de la santé publique, qui associe la recherche sur l’humain, l’animal et l’environnement.

En cas de nouvelle épidémie, lancer des solutions « en moins de deux mois »

Surtout, le biocluster est l’un des outils de la « souveraineté » en matière de santé selon l’Etat, qui a alloué 7,5 milliards d’euros au plan « Innovation santé 2030 » lancé il y a trois ans. L’objectif, ici, est d’apporter « une réponse rapide » en cas de virus émergent. Plus rapide, en tout cas, que lors de la crise sanitaire du covid-19, tout début 2020.

« Imaginons que l’on soit en décembre 2019. Nous voyons arriver le Covid et le fait que ce soit possiblement un problème », retrace Bruno Lina, qui faisait partie du Conseil scientifique pendant la pandémie. « Avec le biocluster, nous demandons aux industriels de récupérer le virus auprès des membres académiques, de fabriquer un vaccin, des tests diagnostics, et éventuellement de voir s’ils ont dans leur pharmacopée des traitements qui pourraient permettre d’inhiber la réplication de ce virus. Tout ceci, durant la période de janvier à février ».

« Le défi qu’on s’est mis avec bioMérieux, c’est par exemple d’être en capacité de développer, de valider et de commercialiser un nouveau test diagnostic pour un virus émergent respiratoire en moins de deux mois », ajoute le virologue. « De la même façon, il s’agit d’utiliser des technologies classiques ou de rupture pour fabriquer rapidement un vaccin contre un nouveau pathogène ».

La contrainte de souveraineté, elle, concerne le site de production. Le biocluster assure n’accompagner que des projets réalisés en France. Dans les mois à venir, un autre enjeu consiste à « faire venir » des start-ups et des industriels en naissance à Lyon, nous précise Bruno Lina, dans des domaines par ailleurs largement explorés à l’échelle internationale, aux Etats-Unis comme en Asie.

 

Genopole, Genoscope, Cancer Cluster… Ces cinq bioclusters français

Plusieurs bioclusters essaiment depuis 2022 en France, retenus dans l’appel à manifestation d’intérêt « bioclusters » du plan « Innovation santé 2030 ». Pourtant, cette structuration n’est pas nouvelle.

– Le « Genopole », à Évry-Courcouronnes : le plus célèbre d’entre eux a en effet été lancé dès 1998 dans l’Essonne, sous l’impulsion de chercheurs du Généthon, le laboratoire de recherche de l’AFM-Téléthon. Il a fait figure de pionnier dans les domaines de la génétique et du génomique, en hébergeant notamment le Centre national de séquençage (Génoscope) et le Centre national de génotypage. En 2022, le Genopole indiquait avoir accompagné 252 sociétés depuis sa création et levé plus d’1 milliard d’euros de fonds.

– Le « GenoTher » : depuis 2023, le Genopole héberge également ce nouveau biocluster, cette fois spécialisé dans la thérapie génique. Retenu dans l’AMI lancé par l’Etat, il vise à développer des technologies basées sur l’édition de gènes de l’ADN et de l’ARN.

– Le « Paris Saclay Cancer Cluster » : également issu de l’AMI lancé pendant la crise du Covid-19, il accompagne quant à lui les biotechs spécialisées dans les traitements innovant contre le cancer.

– Le BCF2I lyonnais : spécialisé dans la lutte contre les maladies infectieuses et l’antibiorésistance, il est le troisième né de l’appel à manifestation d’intérêt.

– Le « Marseille Immunology Biocluster » : ce nouveau biocluster soutiendra des projets de nouveaux anticorps d’immunothérapies contre des pathologies incurables ou très invalidantes : maladies inflammatoires chroniques, maladies auto-immunes, cancers et maladies infectieuses.