Quelles compétences pour l’industrie du futur ?

FavoriteLoadingAjouter aux favoris

(Via Compétences – 14/01/2026)

L’industrie française devient de plus en plus innovante, décarbonée, compétitive et résiliente. Mais si notre pays ne manque pas d’idées en la matière, ses industriels manquent encore parfois des profils adaptés à leurs besoins. Quelles compétences pour l’industrie du futur ? Réponses ici.

On pense d’abord bien sûr aux compétences des ingénieurs. L’Institut Montaigne estime en effet qu’il faudrait former près de 28 000 ingénieurs et diplômés bac+5 supplémentaires chaque année, pour accompagner une réindustrialisation modérée de la France. Et ce sans compter les besoins croissants générés par de nouvelles technologies, l’IA en tête. Pour preuve, France Stratégie considère que d’ici 2030, 80 000 experts en intelligence artificielle devront être formés pour répondre à la montée en puissance de ces technologies.

Parmi les causes de ce manque d’ingénieurs : un mouvement de désaffection pour les sciences. D’où les quatre priorités établies par l’Institut Montaigne dans son dernier rapport sur le sujet. Selon lui, il est d’abord essentiel de remettre à l’honneur les sciences et la culture scientifique dès le plus jeune âge pour susciter des vocations. Ensuite, de diversifier les sources de recrutement des écoles d’ingénieurs et de leur donner une réelle capacité d’expérimentation afin d’adapter les formations aux mutations technologiques, notamment à l’intelligence artificielle. Mais aussi, de rapprocher les cursus universitaires des besoins de l’économie en renforçant leur dimension professionnelle, et de revaloriser le métier de technicien, essentiels à l’industrie, pour mieux attirer et fidéliser ces profils.

La revalorisation des techniciens (dont l’industrie manque cruellement), est d’ailleurs un sujet dont les écoles d’ingénieurs commencent à s’emparer sérieusement. C’est notamment le cas des écoles membres du Collège d’ingénierie Lyon Saint-Etienne (INSA Lyon, Centrale Lyon, Mines Saint-Etienne et ENTPE) qui ont lancé plusieurs bachelors en ce sens, dont le bachelor Génie civil et Environnement, porté par Centrale Lyon. L’objectif : former des assistants ingénieurs au niveau bac+3 pour répondre à un besoin des entreprises de management intermédiaire et d’ouverture à d’autres profils. Mais qui dit bac+3 ne dit pas pour autant plafonnement de carrière, bien au contraire. Des réflexions portent en effet sur l’intérêt d’accompagner ces profils sur le long terme, en leur proposant notamment d’évoluer, après quelques années grâce à la VAE accompagnée. Mais si le besoin en profils bac+3 est de plus en plus exprimé par les entreprises industrielles, force est de constater que cela ne se traduit pas encore concrètement en offres d’emploi massives. Parmi les causes évoquées à cela : « le problème de positionnement et de reconnaissance de ces diplômes dans leurs conventions collectives. UN préalable indispensable est leur positionnement dans les grilles salariales et l’évolution des conventions collectives » estime ainsi Pascal Ray, directeur de Centrale Lyon.

Il ne faudrait pas, par ailleurs, oublier la place éminemment centrale des mathématiques ! « Dans le monde industriel, la maîtrise des outils scientifiques et techniques est un prérequis essentiel. Or, de nombreux classements le montrent : on forme moins bien les nouvelles générations aux outils mathématiques. Ce qui entraine plusieurs problématiques pour les écoles d’ingénieurs : d’un côté, la remise à niveau des étudiants entrants et de l’autre, l’importance de plus en plus croissante de la formation continue face à l’évolution des nouvelles technologies » estime Gwénaël Guillemot, directeur de l’Institut de la Réindustrialisation CESI. La dernière édition de TIMSS (Trends In Mathematics and Science Study), publiée en décembre 2024 dresse d’ailleurs un constat peu reluisant du niveau de mathématiques des élèves français. Cette grande enquête mondiale compare les performances des élèves de CM1 et de 4e, en mathématiques et en sciences, dans une cinquantaine de pays. A titre d’exemple, si les champions asiatiques (Singapour, Taïwan et Corée du Sud) trustent toujours le haut du classement en mathématiques, l’Angleterre, l’Irlande, la République tchèque, la Norvège et la Suède se distinguent en Europe. Et la France ? Avec un score de 484 points pour les élèves de CM1 (vs 524 points en moyenne dans l’Union européenne), elle se place 42e sur 58 pays comparés, bonne dernière en Europe. A cela s’ajoute un écart très important entre les filles et les garçons, ces derniers ayant, en moyenne, 23 points de plus que les filles (vs 13 points d’écart en 2019 et 6 points en 2015).

Lire l’article