Analyse du rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle et du conseil en évolution professionnelle (RUF)

[Gigicertif] Le poids global : 21,61 milliards d’euros engagés, une légère baisse

Hors fonds dédiés aux personnes en recherche d’emploi et au conseil en évolution professionnelle, 21,61 milliards d’euros ont été engagés en 2024, soit – 1,7 % par rapport à 2023. Dans ces engagements, France compétences représente 59 % et l’État 27 %.

Pour un OF, ce cadrage compte parce qu’il situe d’où vient la variation : ce n’est pas un effondrement “diffus” de l’investissement, c’est le résultat d’ajustements opérés là où se trouvent les principaux leviers budgétaires.

Le rapport relie cette inflexion à deux mécanismes immédiatement visibles dans les modèles économiques : les révisions des niveaux de prise en charge de l’apprentissage et le recentrage des aides publiques du contrat de professionnalisation.

La conséquence opérationnelle est assez nette : l’activité se maintient, mais les paramètres deviennent plus serrés (donc plus sensibles au coût de revient) et parfois moins prévisibles (donc plus difficiles à sécuriser sans pilotage).

L’apprentissage : toujours dominant, mais sous pression

Entre 2021 et 2024, les nouveaux contrats d’apprentissage pris en charge dans le privé passent de 719 000 à 896 000 (soit + 25 %), alors que les engagements financiers associés reculent de 3 % (à 15,6 milliards d’euros en 2024, contre 16,1 milliards en 2021).

Le signal le plus “OF-compatible” est le coût unitaire (hors rémunération) : 17 404 euros en 2024, contre 22 478 euros en 2021 (soit – 23 %).

Pour un CFA/OFA, la lecture est directe : la croissance par le volume se paie par une compression à l’unité. La régulation s’appuie sur les NPEC (qui font l’objet de révisions) et sur les aides à l’embauche : en 2023 comme en 2024, l’aide est limitée à la première année.

Le rapport signale aussi une hausse du taux de rupture, particulièrement dans le supérieur.

Pour un OF, c’est un rappel important : dans un modèle “au contrat”, l’équilibre économique dépend autant du recrutement que de la rétention et de la capacité à sécuriser les parcours (coordination entreprise, accompagnement, prévention des ruptures).

UN ÉCLAIRAGE ANNUEL DU COUT ET DE LA VALEUR AJOUTÉE DES ACTIONS DE FORMATION FINANCÉES SUR FONDS PUBLICS ET MUTUALISÉS

Le CPF : une hausse en trompe-l’œil

En 2024, 1,391 million de dossiers CPF sont validés pour 2,215 milliards d’euros engagés nets, soit + 6 % par rapport à 2023.

Mais le rapport précise que, sans les dossiers liés au permis moto, le nombre de dossiers et le total engagé auraient été légèrement inférieurs à 2023 : la hausse agrégée est donc d’abord un effet de structure (déplacement des achats), plus qu’un rebond homogène du CPF.

Côté offre, le point qui change la donne pour beaucoup d’OF est le mix : les formations préparant à une certification RNCP ne représentent plus que 16 % des dossiers validés (contre 20 % un an plus tôt), et celles relevant du RS 36 % (contre 42 % en 2023).

Le rapport relie également l’instauration d’une participation financière obligatoire (PFO) à un moindre recours des actifs occupés, une fois neutralisé l’effet “permis moto”.

Dit autrement : les parcours RNCP/RS peuvent rester performants, mais ils doivent mieux “tenir” face à une demande plus sensible au reste à charge et face à des achats courts, très standardisés, devenus visibles et massifs.

Le contrat de professionnalisation : la chute la plus marquée

En 2024, 93 256 contrats de professionnalisation sont pris en charge effectivement par les opérateurs de compétences, pour environ 649 millions d’euros engagés nets, soit – 21 % en volume par rapport à 2023.

Le rapport identifie un déclencheur majeur : la suppression, à partir du 1er mai 2024, de la principale aide à l’embauche des moins de 30 ans en contrat de professionnalisation.

Le coût unitaire s’établit à 6 957 euros en 2024, en baisse de 45 % par rapport à 2021.
Mais le changement le plus exploitable côté OF est celui des publics : les 26 ans ou plus représentent 57 % des entrants en 2024, et la part des personnes en recherche d’emploi atteint 58 %.

Lecture opérationnelle : la dynamique est défavorable si l’on attendait du volume “jeunes alternants”, mais elle devient plus pertinente quand l’offre est construite pour des adultes (reconversion, retour à l’emploi), avec une ingénierie adaptée (rythmes, accompagnement, suivi d’intégration en entreprise).

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UN ÉCLAIRAGE ANNUEL DU COUT ET DE LA VALEUR AJOUTÉE DES ACTIONS DE FORMATION FINANCÉES SUR FONDS PUBLICS ET MUTUALISÉS

Ce que ça change concrètement pour un organisme de formation

La photographie 2024 ressemble à un resserrement, pas à une panne : les volumes existent, mais la soutenabilité se joue davantage sur le pilotage.

Pour piloter sans subir, le passage utile est de raisonner en portefeuille de dispositifs (alternance, CPF, contrat pro, entreprises), plutôt qu’en dépendance à un canal unique.

Signal 2024 dans le RUF Implication opérationnelle pour un OF
Paramètres d’alternance plus régulés Recalibrer le coût de revient par certification et piloter la rétention pour limiter l’aléa économique
CPF tiré par des achats plus courts et plus sensibles au reste à charge Renforcer la preuve de valeur et modulariser l’offre certifiante pour défendre le mix RNCP/RS
Contrat pro recentré sur des adultes et des demandeurs d’emploi Repenser ciblage, rythmes, accompagnement, et partenariats avec les employeurs et France Travail
Aides et prises en charge moins “automatiques” Sécuriser la conformité (Qualiopi, preuves) et contractualiser davantage avec les entreprises

Enfin, la qualité sort du registre “audit” : lorsque les financeurs régulent, la maîtrise des processus et la capacité à produire des preuves (résultats, certification, satisfaction) devient une variable de différenciation commerciale autant qu’un outil de pilotage interne.

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