(AEF info)
Dans un courrier commun, dix réseaux de l’apprentissage sollicitaient « une audience collective » auprès des ministres du Travail et de l’Éducation nationale et de la ministre déléguée de l’Apprentissage, « afin d’ouvrir un cadre de dialogue régulier entre les pouvoirs publics et les réseaux représentatifs de l’apprentissage ». Quelques jours plus tard, le mardi 30 juin, ils étaient reçus 14 avenue Duquesne, à Paris. Le cabinet de Sabrina Roubache rapporte à AEF info qu’il entend institutionnaliser ce type de rendez‑vous en l’élargissant à l’ensemble des réseaux de l’apprentissage
Les cabinets du ministre du Travail et des Solidarités, Jean‑Pierre Farandou, et de la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, Sabrina Roubache, ont reçu, mardi 30 juin 2026, les représentants de dix réseaux de l’apprentissage (1). Une rencontre initiée par ces derniers via un courrier en date du 24 juin sollicitant une audience auprès des ministres du Travail, de l’Éducation nationale et de la ministre déléguée à l’Apprentissage. Cette démarche visait à « ouvrir un cadre de dialogue régulier entre les pouvoirs publics et les réseaux représentatifs de l’apprentissage ».Leur demande a été entendue par les ministères sociaux qui ont rapidement organisé une première rencontre à laquelle étaient présents Thibaut Duchêne, le directeur de cabinet de Sabrina Roubache, et Cécile Bertrand, la conseillère Formation au cabinet de Jean‑Pierre Farandou, ainsi que des représentants de la DGEFP.
« Une réponse positive »
« C’est une démarche collective qui a obtenu une réponse positive », souligne auprès d’AEF info le président de la Fnadir, Jean Philippe Audrain, signataire du courrier commun. Pour le vice‑président de la Fnep et délégué général des 3E, Alain Léon ‑ également présent à la réunion au ministère ‑ « l’idée était de mettre en place une conversation régulière ». « Elle avait été mise en place avec Carole Grandjean [alors ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels] et Bruno Clément‑Ziza [son directeur de cabinet] », rappelle‑t‑il.« C’était l’intention de renouer le dialogue avec les acteurs de terrain, confirme France Velazquez, vice‑présidente d’Univpro. Aujourd’hui, on n’y voit pas clair, on ne voit plus personne. C’est dommage car plus on a de changements, plus c’est important de communiquer. » D’où cette demande d’audience en urgence au regard des dernières mesures budgétaires intervenues dans le champ de l’apprentissage et des arbitrages à venir. Par l’aspect collectif de la démarche, l’idée est aussi d' »éviter que l’État ne joue contre nous », confie un autre membre d’un des réseaux signataires.
Un tour de table
Au cours de ce premier rendez‑vous, les représentants des différents réseaux ont pu procéder à un tour de table. « Cette audience nous a permis d’exprimer nos inquiétudes, tant sur le volet de la profitabilité des CFA, que sur le volet de leur trésorerie », rapporte Jean Philippe Audrain (Fnadir). « Nous avons aussi évoqué ‑ et cela a été entendu clairement par le cabinet ‑ que les tensions économiques amenaient aujourd’hui les opérateurs à restreindre leur offre de formation aux volets économiquement soutenables, ajoute‑t‑il. Ce qui veut dire que des formations vont fermer dans certains territoires, alors qu’elles soutiennent ces territoires, ainsi que la transmission des compétences dans des métiers rares et le modèle économique des CFA. »Ce constat a été partagé par les autres acteurs de l’apprentissage. « On a mis du temps à monter jusqu’à un million d’apprentis, on pourrait mettre moins de temps à redescendre et ‑ surtout ‑ à invalider le système », insiste aussi France Velazquez (Univpro). En cause : les derniers arbitrages budgétaires. « On a tous les mêmes préoccupations par rapport à l’apprentissage, relève la vice‑présidente du Synofdes, Muriel Pécassou. Les derniers coups de rabot sur l’apprentissage étaient tellement importants. » « Notamment le dernier coup de rabot sur la dotation attribuée aux régions qui est passée à 33 millions d’euros, sans concertation, complète l’autre vice‑président du Synofdes, Philippe Genin. On a l’impression que l’apprentissage est devenu la variable d’ajustement. »
Des enjeux budgétaires
Au sujet de la baisse des dotations de l’État aux régions au titre de l’apprentissage, « ce que j’ai retenu, c’est que pour 2026, c’est une fin de non‑recevoir », rapporte Philippe Genin. « Par contre, pour la préparation du budget 2027, je pense qu’on va pouvoir échanger, poursuit‑il. Je ne sais pas si on obtiendra des choses, mais en tout cas il y a une volonté de discuter. »Le cabinet de Sabrina Roubache confirme que le message des deux ministères aux réseaux présents à la réunion a été celui porté par la ministre déléguée à l’Apprentissage auprès de France compétences la semaine précédente, puis à l’Assemblée nationale le jour même de cette rencontre, en particulier concernant les enjeux budgétaires. « Nous voulons la stabilité, la pérennisation du financement de l’apprentissage sur le PLF pour 2027″, insiste l’entourage de la ministre déléguée.
Une prochaine rencontre fin juillet
Autre point central pour le cabinet de Sabrina Roubache : la régulation de l’apprentissage par la qualité. Elle va être réaffirmée et renforcée par des évolutions à venir de Qualiopi. Enfin, les deux ministères précisent avoir profité de cette rencontre pour informer les têtes de réseau des CFA que la cellule interministérielle d’accompagnement, mise en place au mois de mars dernier pour favoriser la poursuite de formation des apprentis de CFA qui font défaut, va voir ses missions renforcées sur la partie amont pour permettre un meilleur accompagnement des CFA rencontrant des difficultés.Le cabinet de Sabrina Roubache indique par ailleurs à AEF info qu’il entend, avec celui du ministre du Travail, institutionnaliser ce type de rendez‑vous, mais en l’élargissant à l’ensemble des réseaux de l’apprentissage, y compris aux non‑signataires du courrier initial. Compte tenu du calendrier budgétaire, une prochaine rencontre devrait ainsi leur être proposée pour la fin du mois de juillet. L’objectif des ministères du Travail et de l’Apprentissage est ensuite d’organiser ce type d’échanges toutes les six semaines à partir de début septembre.« Nous allons rappeler la nécessité que ce soit interministériel afin qu’il y ait le ministère de l’Éducation nationale et celui des Finances, parce que sinon on nous renvoie toujours à l’arbitrage de Bercy », relève Philippe Genin (Synofdes) avant d’ajouter : « À mon avis, il faut qu’on se parle entre réseaux avant le prochain rendez‑vous afin d’élaborer une sorte de feuille de route portant nos revendications collectives et de faire front uni, même si ce n’est pas simple de se mettre tous d’accord ».