Jean-Pierre Farandou défend les arbitrages du PLF 2027 pour la formation et évoque des sujets « compliqués » avec les Opco

(AEF Info) Alors que le projet de plateforme nationale de l’alternance suscite l’opposition des Opco, Jean‑Pierre Farandou reconnaît que des discussions restent nécessaires avec les opérateurs de compétences sur plusieurs sujets. Auditionné à l’Assemblée nationale le 27 octobre 2026 sur le PLF 2027, le ministre du Travail défend ses arbitrages pour la formation professionnelle, notamment la préservation des moyens de l’apprentissage et la restructuration de l’Afpa. Il précise également les conséquences de l’arrêt anticipé des Pric et revient sur les économies attendues de la réforme du CPF.

Visuel principal Devant les députés, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a défendu les efforts de maîtrise des dépenses engagés dans les politiques de formation professionnelle et d'apprentissage.
Devant les députés, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a défendu les efforts de maîtrise des dépenses engagés dans les politiques de formation professionnelle et d’apprentissage.Crédit image :  site de l’Assemblée nationale – capture d’écran site de l’Assemblée nationale

« Il y a un ou deux sujets un peu plus compliqués autour des Opco, où il faut que nous discutions encore un peu avec les acteurs », indique Jean‑Pierre Farandou, mardi 27 octobre 2026, devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Auditionné sur la mission « Travail et emploi » du projet de loi de finances pour 2027, le ministre du Travail évoque alors les textes d’application de la loi de lutte contre la fraude, dont il attend des économies supplémentaires dès 2027. « Je suis convaincu qu’avec cette loi, on peut récupérer 300 M€ l’année prochaine », affirme‑t‑il avant de préciser que ces gains espérés, qu’il qualifie de « bonus budgétaire », ne sont pas intégrés aux prévisions du PLF.Cette prise de parole intervient alors que le projet de plateforme nationale de l’alternance, inscrit à l’article 88 du PLF 2027, suscite l’opposition des onze opérateurs de compétences. Leur principale inquiétude porte sur le transfert du dépôt des contrats d’alternance vers une plateforme nationale, au‑delà des travaux de mutualisation des contrôles déjà engagés avec l’État. Selon les informations d’AEF info, le cabinet de Jean‑Pierre Farandou aurait indiqué aux directeurs généraux des Opco, lors d’échanges au début du mois d’octobre, que le ministère était ouvert à une modification du projet afin de supprimer le volet relatif au dépôt des contrats et de recentrer la plateforme sur la mutualisation des contrôles.

« Préserver les moyens » de l’apprentissage

« Nous voulons absolument préserver les moyens nationaux consacrés à l’apprentissage, aussi bien l’aide aux employeurs que les sommes engagées dans la formation des apprentis », affirme une nouvelle fois Jean‑Pierre Farandou dans son propos introductif. Le ministre présente cette politique comme l’une des priorités du budget 2027, malgré des économies demandées à son ministère de l’ordre de 2,5 milliards d’euros. « C’est bien l’idée de ce budget, d’accepter des efforts […] en faveur de priorités fortes », explique‑t‑il, en citant notamment l’emploi des jeunes. Le gouvernement propose, rappelle‑t‑il, « un complément à hauteur de 130 M€ », destiné à développer les formations préparant aux métiers des secteurs stratégiques et à soutenir les CFA confrontés à des difficultés financières.Ce complément accompagne la réorganisation des financements prévue par l’article 88 du PLF, avec la création d’un fonds national de soutien aux CFA, la suppression des enveloppes régionales de soutien au fonctionnement et à l’investissement des centres de formation et une revalorisation ciblée des niveaux de prise en charge dans les secteurs prioritaires. Interrogé sur la disparition des financements régionaux, le ministre défend leur recentralisation. « Ce que nous ne donnons pas en régional, nous le reprenons en national. » Plus largement, Jean‑Pierre Farandou défend les économies réalisées ces dernières années sur les politiques d’apprentissage, en estimant que « l’efficience fonctionne, dès lors que nous la conduisons avec méthode et détermination ». Il appuie son analyse sur le maintien des volumes d’apprentissage, avec « 810 000 entrées en 2022 » contre « 790 000 projetées en 2027 », alors que « le coût à l’apprenti a beaucoup baissé », passant de 22 000 euros en 2022 à 15 600 euros en 2027.

L’Afpa restera le « bras armé » du ministère

Jean‑Pierre Farandou réaffirme par ailleurs son soutien à l’Afpa en soulignant avoir fait le choix d’en faire « toujours le bras armé de la formation professionnelle pour le compte du ministère » du Travail. Pour autant, il confirme que l’établissement devra proposer « un plan de restructuration important », avec un PSE à la clé. « Le ministère du Travail ne peut pas résorber 200 M€ structurels de déficit de l’Afpa » par an, justifie‑t‑il, en rappelant que l’établissement public intervient dans un environnement concurrentiel.« Cette situation n’est pas durable », assène‑t‑il. Face aux difficultés financières de l’établissement public, Jean‑Pierre Farandou affirme toutefois avoir écarté l’hypothèse de sa fermeture. « J’ai voulu que l’Afpa se redresse », déclare‑t‑il, en précisant avoir demandé à sa direction générale et à son conseil d’administration de préparer un plan de redressement. Cette mise au point intervient alors que le PLF 2027 prévoit une hausse de 57 M€, soit 46 %, de la subvention pour charges de service public de l’Afpa, qui atteindrait 180,6 M€.

Les engagements des Pric seront honorés

Jean‑Pierre Farandou assume aussi l’arrêt anticipé des pactes régionaux d’investissement dans les compétences (Pric), qu’il présente comme un dispositif « exceptionnel et temporaire ». « Nous avons anticipé de deux ans », reconnaît‑il, en invoquant la volonté du Premier ministre de clarifier la répartition des compétences entre l’État et les régions. Pour autant, « les engagements pris seront honorés », veut‑il rassurer les députés. « L’année prochaine et les années suivantes, 300 M€ au total seront bien apportés aux régions pour terminer les contrats en cours. » Les 386,4 M€ détaillés dans le PAP de la mission budgétaire « Travail, emploi et administration des ministères sociaux » pour couvrir des engagements antérieurs (40,41 M€ de crédits de paiement sur le budget de l’État et 345,99 M€ apportés par un fonds de concours de France compétences), correspondent donc à des versements répartis sur plusieurs exercices budgétaires.Pour rappel, cet arrêt des nouveaux engagements suscite des inquiétudes quant à l’évolution de l’offre de formation des demandeurs d’emploi. Dans leur courrier commun du 9 octobre, les cinq confédérations syndicales représentatives ont notamment alerté le gouvernement sur les risques de fragilisation de cette offre et d’accroissement des inégalités territoriales. Les régions alertent également sur les conséquences de cette décision, que ce soit via Régions de France ou plusieurs collectivités qui pointent d’ores et déjà des effets concrets sur leurs territoires, notamment en Occitanie ou en Île-de-France.

France compétences et CPF sous contrainte

Jean‑Pierre Farandou défend enfin la suppression de la subvention d’équilibre de France compétences en 2027, justifiée selon lui par le retour à l’équilibre attendu de l’institution publique. Une « bonne nouvelle » qui résulte des efforts engagés sur les dépenses du ministère du Travail, se félicite‑t‑il dans son propos introductif. La réforme du CPF constitue l’un des leviers de cette trajectoire, avec 350 M€ d’économies attendues en 2027 grâce à un recentrage sur des formations « qualifiantes pour des projets professionnels individuels ». Une réforme largement commentée et détaillée par le gouvernement depuis cet été qui porte également une avancée pour les personnes en situation de handicap dont se félicite Camille Galliard‑Minier, la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, également auditionnée par les députés.Elle rappelle en effet que, une fois la réforme adoptée, « chaque travailleur d’Esat pourra se former gratuitement au service de son parcours professionnel ». L’article 89 du PLF 2027 prévoit en effet d’exonérer les titulaires d’un contrat d’accompagnement par le travail de la participation financière obligatoire, actuellement fixée à 150 €, ainsi que de sa majoration prévue dans un certain nombre de cas.

Des choix budgétaires questionnés par les députés

Les arbitrages du PLF 2027 en matière de formation professionnelle et d’apprentissage suscitent plusieurs interrogations parmi les députés de la commission des affaires sociales. Rapporteur pour avis de la mission « Travail, emploi et administration des ministères sociaux », Théo Bernhardt (RN, Bas‑Rhin) questionne notamment la baisse de 460 M€ des crédits de paiement consacrés aux aides à l’embauche d’apprentis, alors que les autorisations d’engagement progressent. Il s’interroge sur un éventuel report de dépenses vers 2028 et sur les garanties que le gouvernement peut apporter quant à l’absence de nouvelle réduction des barèmes en cours d’année.Frédéric Valletoux (Horizons et indépendants, Seine‑et‑Marne), président de la commission, s’inquiète pour sa part de la disparition des Pric alors que se pose la question de l’adaptation de l’offre de formation aux besoins des entreprises, dans un contexte de développement de l’intelligence artificielle et de l’automatisation. Martine Froger (Socialistes et apparentés, Ariège) dénonce de son côté les conséquences cumulées de la suppression des nouvelles enveloppes régionales pour les CFA, de l’arrêt des Pric et de la restructuration de l’Afpa. Elle s’inquiète de la capacité à accompagner les reconversions face aux transformations industrielles, écologiques et numériques. Une préoccupation également exprimée par Philippe Vigier (Les Démocrates, Eure‑et‑Loir) qui questionne l’adéquation des formations aux évolutions du marché du travail et la possibilité de renforcer les moyens d’adaptation en lien avec les régions.


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