(AEF) Ouvrir une négociation entre les syndicats et le patronat sur l’accompagnement des mutations et des requalifications, créer un droit à la reconversion pour les salariés dont le métier est menacé par l’IA, réactiver le contrat de génération, engager un nouvel acte de décentralisation : telles sont les principales propositions sur la formation professionnelle avancées par François Hollande dans son dernier ouvrage qui égrène 80 mesures constituant de fait un programme de gouvernement pour le prochain quinquennat, alors que l’ex‑chef de l’État renvoie sa décision à fin 2026 ou début 2027.

François Hollande ne participera pas à la primaire organisée par son parti, le PS, pour désigner le candidat à l’élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027. Mais l’ancien président de la République, âgé aujourd’hui de 72 ans, espère que les conditions seront réunies dans quelques mois pour entrer en lice. Et croit manifestement en ses chances comme l’atteste le choix récent d’un lieu à Paris pour un bureau de campagne qui ne dit pas encore son nom. En attendant, le député de Corrèze, élu pour la cinquième fois depuis 1988 après la dissolution de juin 2024, a publié jeudi 3 septembre un nouvel ouvrage pour détailler, sur 300 pages (1), sa vision des politiques publiques à mener au cours des cinq prochaines années.Il identifie comme prioritaire le défi par l’évolution de la démographie qui va bouleverser le fonctionnement du marché du travail. « L’emploi […] va désormais devenir plus difficile à pourvoir, à mesure que la main‑d’oeuvre disponible va se tarir. Les filières industrielles connaîtront des difficultés grandissantes pour recruter des opérateurs, tandis que les services à la personne sont déjà en proie à des pénuries de personnel. Même la fonction publique peinera à renouveler, fût‑ce partiellement, les effectifs partant à la retraite », prévoit celui qui avait raté de peu l’objectif qu’il s’était lui‑même assigné de faire passer sous la barre des 10 % le taux de chômage au terme de son quinquennat, en 2017.
Changement de donne
La donne a évolué aujourd’hui explique François Hollande, en observant que la solution n’est plus de soutenir à tout prix les embauches pour en maximiser le volume. Selon lui, il serait désormais plus avisé « de mener une politique économique qui donne la priorité aux gains de productivité du travail par la formation, l’innovation et l’investissement. Et de promouvoir une politique de requalification des métiers pour pourvoir les emplois vacants, faute d’attractivité ». Sinon, prévient‑il, « la question migratoire se posera en des termes nouveaux ». Pour ce faire, il faut commencer par « améliorer l’insertion professionnelle des jeunes ». Ce qui « suppose de développer les formules d’alternance dans l’enseignement supérieur et de stabiliser l’entrée dans la vie active en limitant la pratique des contrats courts ».Ensuite, « avant de considérer comme inéluctable le recul de l’âge de la retraite au‑delà de 64 ans, voire de 67 ans, il est impératif de maintenir dans l’activité professionnelle les travailleurs dont bon nombre d’employeurs cherchent à décourager la présence ». Pour répondre aux besoins en main‑d’oeuvre alors que la population en âge de travailler est appelée à diminuer à l’horizon 2030, l’ex‑président fait de l’augmentation du taux d’emploi une priorité qui « passe par une lutte obstinée contre la précarité du travail, par le développement de l’alternance, le recours aux formules combinant études et emploi, ainsi que par une formation accélérée des décrocheurs afin de limiter les périodes de chômage ». « Comment admettre par ailleurs que les chômeurs de plus de 55 ans ne bénéficient pas d’une requalification, quitte à compenser la perte de salaire due à l’occupation d’un emploi moins bien payé ? », interroge‑t‑il.
Une négociation sur la requalification
Les propositions avancées montrent que sur le champ social, malgré un recentrage affirmé sur quelques sujets telles que les retraites, François Hollande n’a pas fondamentalement changé de logiciel. Il affirme ainsi toujours vouloir laisser une place prépondérante aux organisations syndicales et patronales pour définir les nouvelles normes devant régir les questions relatives au travail et à l’emploi. L’ex‑chef de l’État propose par exemple d’ouvrir « une négociation interprofessionnelle sur le travail et l’accompagnement des requalifications ». « Dans une période où la qualification de la main‑d’oeuvre va redevenir primordiale, la formation professionnelle continue devient un enjeu majeur », écrit‑il en semblant quelque peu oublier au passage qu’il s’agit d’un état de fait déjà ancien et qui a notamment été au centre de nombreuses réformes d’ampleur depuis plus de 20 ans.Cette négociation entre les partenaires sociaux devra permettre d’ouvrir « la possibilité d’exercer au cours d’une vie plusieurs métiers. Et si la mobilité professionnelle est appelée à se développer, alors l’idée de sécuriser les parcours des travailleurs s’impose nécessairement. C’est elle qui permettra de conserver les acquis constitués au cours de la carrière en cas de changement d’entreprise ou de branche professionnelle », poursuit l’élu socialiste. En jugeant l’ouverture des discussions entre syndicats et patronat « d’autant plus urgente que l’irruption de l’IA va concerner l’emploi de millions de personnes et supposer l’évolution de l’appareil productif si l’on veut que le travail demeure ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une promesse d’élévation individuelle et de mobilité sociale dans un cadre collectif ».
Répondre aux conséquences de l’IA
Dans ce contexte, François Hollande plaide pour le lancement d’une « négociation interprofessionnelle pour former les salariés face à l’IA« , sans préciser s’il s’agira de discussions autonomes ou d’un des thèmes de celles qu’il appelle de ses voeux sur le travail et la requalification. « Cinq millions de salariés seront directement exposés à la transformation de leur métier d’ici cinq ans. Ils ne peuvent être laissés à leur sort sans que soit défini de façon urgente un nouveau cadre de protection », juge‑t‑il.Le potentiel candidat à un nouveau bail à l’Élysée propose de « créer un droit universel à la reconversion liée à l’IA grâce à une formation longue financée par les entreprises avec le soutien des régions et de l’État, avec maintien de la rémunération pour les salariés conduits à une évolution rapide de leur qualification ». Plus largement, il considère qu’il y a « urgence de développer la protection des travailleurs conduits à changer d’entreprise grâce à la ‘portabilité’ croissante des droits sociaux ».
Le retour du contrat de génération
Toujours dans sa logique d’augmenter le taux d’emploi, François Hollande entend favoriser l’entrée en activité des jeunes et, dans le même temps, le maintien dans l’emploi des salariés les plus expérimentés : « je poursuis l’idée d’associer dans la même entreprise l’embauche d’un jeune avec le tutorat d’un senior. C’était l’esprit du contrat de génération que j’avais proposé en 2012. Il avait fait l’objet d’un accord entre partenaires sociaux en 2013, mais son application est restée lettre morte », rappelle‑t‑il, sans s’étendre sur les motifs de cet échec.Pour mémoire, les dispositions du code du travail relatives au contrat de génération ont été supprimées par l’ordonnance n° 2017‑1387 du 22 septembre 2017 relative à la prévisibilité et la sécurisation des relations de travail. À l’origine, un objectif de 500 000 contrats avait été retenu sur le quinquennat Hollande. Mais les employeurs ont boudé ce dispositif qui s’articulait autour de deux volets : d’une part, l’octroi d’une aide financière pour les petites entreprises qui embauchaient en CDI un salarié de moins de 26 ans et qui recrutaient ou maintenaient en CDI un senior ; d’autre part, une incitation à négocier un accord en faveur des jeunes et des seniors pour les plus grandes entreprises. Au final, un peu plus de 60 000 contrats de génération ont été conclus entre 2013 et 2016, bien loin donc de l’ambition initiale.
Acte IV de la décentralisation
Enfin, dans le droit fil des réformes qu’il a menées entre 2013 et 2015, François Hollande veut poser « un nouvel acte de décentralisation » qui porterait en particulier sur la formation, et « le faire valider par un référendum ». Soit une forme de contrepied par rapport à la politique poursuivie en la matière par Emmanuel Macron.Le déploiement du plan d’investissement dans les compétences (PIC) et le big bang de la formation professionnelle porté par la loi du 5 septembre 2018 se sont en effet traduits par une reprise en main par l’État du pilotage de la formation des deux demandeurs d’emploi et de l’apprentissage, deux compétences dévolues historiquement aux conseils régionaux par le premier acte de décentralisation engagé au début des années 1980 dans le cadre des lois Defferre.
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