Transports : face aux besoins de recrutement, l’UTPF s’inquiète des moyens de l’Opco Mobilités pour promouvoir ses métiers

(AEF Info) Alors que le transport ferroviaire doit renforcer l’attractivité de ses métiers pour répondre aux besoins de main‑d’oeuvre, l’UTPF s’inquiète de la capacité de l’Opco Mobilités à soutenir ses actions de promotion et d’observation. Présentée le 21 octobre 2026, une étude montre que les jeunes connaissent mal les métiers des transports publics et ferroviaires, malgré une image globalement positive. Pour y remédier, la profession multiplie les initiatives dans le cadre du programme « Transformeurs » et développe de nouvelles certifications, des formations bac+1 et des passerelles entre métiers.

Visuel principal Dans les métiers de la maintenance, les entreprises des transports publics et ferroviaires sont notamment confrontées à la concurrence d'autres secteurs industriels pour recruter des professionnels qualifiés. L'UTPF travaille au développement de certifications communes pour répondre à ces besoins.
Dans les métiers de la maintenance, les entreprises des transports publics et ferroviaires sont notamment confrontées à la concurrence d’autres secteurs industriels pour recruter des professionnels qualifiés. L’UTPF travaille au développement de certifications communes pour répondre à ces besoins.Crédit image :  ShutterStock – Rawpixels stock

« Si on n’a pas l’Opco Mobilités, pour nous, ça veut dire qu’on est obligés de revoir le modèle économique » des actions collectives de promotion des métiers, s’inquiète Géraldine Adam, la directrice attractivité, emploi et formation de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF), en marge de la présentation d’une étude sur la perception des métiers des transports publics et ferroviaires par les jeunes. Ce sondage met en évidence un décalage entre l’image de ces métiers et les intentions d’orientation des 12‑18 ans et ces résultats doivent notamment alimenter les actions mises en oeuvre par la branche dans le cadre du programme « Transformeurs« .Soutenu par France 2030, ce programme comprend 90 actions destinées à attirer, recruter, former et fidéliser les professionnels des transports urbains, interurbains et ferroviaires. Il a également permis d’engager des travaux d’ingénierie de certification et de construction de parcours de formation.

Une étude pour orienter les actions de la profession

L’étude réalisée par Norstat pour l’UTPF, du 16 au 20 mars 2026 auprès de 2 000 répondants, parents et jeunes de 12 à 18 ans, montre notamment que, si 89 % des jeunes jugent les métiers des transports utiles à la société et 81 % considèrent les emplois stables, seuls 18 % estiment bien connaître les professions du secteur. Au final, parmi les douze secteurs proposés, 12 % envisagent une carrière dans les transports publics urbains et 13 % dans le ferroviaire, les plaçant en queue de peloton des intentions d’orientation des jeunes interrogés. La présentation plus détaillée des métiers fait toutefois progresser de 16 % à 28 % la proportion de jeunes déclarant envisager une carrière dans les transports.Des résultats qui confirment pour Géraldine Adam, la nécessité de « mieux faire connaître la diversité des professions », mais aussi les formations qui y conduisent et « les perspectives d’évolution » qu’elles offrent.

Inquiétude sur les moyens de l’Opco Mobilités

Des résultats qui viennent renforcer la conviction des entreprises des secteurs des transports publics et ferroviaires qu’elles doivent renforcer leurs politiques d’attractivité, de recrutement et de formation pour répondre à un objectif de 100 000 embauches à l’horizon 2030. Face à cette nécessité, l’UTPF s’inquiète des conséquences possibles du PLF 2027, et plus largement des mesures d’économies imposées aux opérateurs de compétences depuis plus d’un an, alors que ces derniers participent au financement des initiatives d’attractivité et des travaux d’observation de la profession. « Nous sommes très inquiets de l’article 88 du projet de loi de finances » qui questionne l’avenir des opérateurs de compétences en prévoyant de déléguer la gestion des contrats en alternance à une nouvelle plateforme numérique.Pour l’UTPF, le soutien de l’Opco Mobilités est d’autant plus important que l’organisation professionnelle dispose de moyens limités pour conduire seule des actions de promotion des métiers à grande échelle, notent Caroline Gonin, la directrice des ressources humaines et de la RSE du groupe Transdev, et Géraldine Adam. Cette dernière souligne ainsi l’écart entre les capacités financières et humaines de l’UTPF et celles de fédérations comme celles du bâtiment ou de la métallurgie. « Nous sommes neuf », indique‑t‑elle à propos des effectifs de l’organisation. Or, aux campagnes de communication s’ajoutent les salons professionnels, les opérations de découverte des métiers et les événements organisés dans les territoires, qui nécessitent des investissements et un travail de coordination importants.

Des investissements à redimensionner ?

Géraldine Adam illustre cette situation avec l’exemple des compétitions WorldSkills France dans lesquelles l’UTPF s’est engagée depuis Lyon 2024. La directrice attractivité, emploi et formation de l’union patronale explique que la préparation d’une édition mobilise ses équipes pendant environ un an et représente un investissement de près de 800 000 euros, à la fois pour les espaces d’exposition et l’organisation des épreuves de démonstration consacrés aux transports urbains et ferroviaires : « Si nous n’avions pas le soutien de l’Opco Mobilités, ce serait difficilement soutenable. » Pourtant, elle souligne l’intérêt de cet évènement pour faire connaître des métiers peu visibles, notamment auprès des scolaires, mais aussi des responsables régionaux chargés de la formation professionnelle.L’inquiétude de l’organisation professionnelle porte néanmoins davantage sur le moyen terme et sur la pérennité de ce modèle de financement des actions de promotion des métiers, mais aussi des études prospectives. « Pour le moment, nous avons été relativement rassurés par les feuilles de route de l’Opco Mobilités qui prévoient, à ce stade, de maintenir le niveau de soutien aux actions d’attractivité et d’observation », note Géraldine Adam. Elle précise également que, en tout état de cause, ces actions ne reposent pas exclusivement sur l’opérateur de compétences. Cependant, malgré le recours à d’autres types de cofinancements, comme France 2030 pour « Transformeurs », les secteurs des transports publics et ferroviaires ne peuvent pas assumer seuls de tels investissements. « Nous n’avons pas la capacité de financer autant », résume‑t‑elle. Si l’Opco Mobilités devait revoir ses financements à la baisse, les entreprises de ces secteurs et l’UTPF poursuivraient leurs actions d’attractivité, mais leur dimensionnement devrait certainement être revu, reconnaît‑elle.

Ouverture à la concurrence

Au‑delà des actions de promotion de leurs métiers, les transports publics et ferroviaires développent une politique de certification professionnelle de branches pour améliorer l’attractivité et la visibilité de leurs métiers, en particulier auprès des jeunes. La priorité porte notamment sur les métiers de la conduite et de la maintenance, pour lesquels les employeurs doivent à la fois renouveler leurs effectifs et faire face à des difficultés de recrutement. Dans la maintenance, les transports publics sont notamment confrontés à la concurrence d’autres secteurs industriels, dont le nucléaire, souligne Géraldine Adam. Cette situation conduit les branches à travailler sur de nouvelles qualifications, ainsi que sur la reconnaissance des compétences transférables d’un métier ou d’un secteur à l’autre.L’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire constitue un autre moteur de cette évolution. Historiquement, les grands opérateurs disposaient de leurs propres certifications. « Chacun faisait un silo, parce que c’était comme ça, c’est historique », relève Géraldine Adam. Désormais, « nous avons tout intérêt à aller vers des certifications sectorielles pour pouvoir mutualiser et avoir des niveaux de qualification communs ». Ainsi, plusieurs projets ont été engagés par l’UTPF, dont celui du CQP de « conducteur de tramway » qui fait l’objet d’une démarche d’enregistrement au RNCP. Un CQPI consacré à la « maintenance des cars et bus » est également en préparation avec la branche interurbaine. Pour cette dernière certification, les référentiels sont en cours d’élaboration, avec un objectif d’achèvement en 2027.L’UTPF travaille parallèlement à la création de deux formations de niveau bac+1, dont les projets sont en cours d’examen par l’Éducation nationale. L’une d’elles concerne la maintenance des systèmes en autobus et autocar. Contrairement aux CQP et aux titres professionnels, ces projets de diplômes relèvent d’une procédure associant la direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) et la commission professionnelle consultative (CPC) « Mobilité et logistique ». « Nous avons travaillé l’étude d’opportunité, nous la déposons et l’Éducation nationale nous donne le feu vert pour travailler avec ses experts », explique Géraldine Adam. Qui souligne le caractère sélectif de cette procédure, les deux projets étant encore en cours d’instruction.

Alternance et reconversions

Pour les métiers de conduite et de maintenance, l’UTPF assume de privilégier l’alternance afin d’articuler les enseignements théoriques et l’apprentissage en situation de travail. « Un conducteur de train apprend sur le terrain, pas uniquement sur un simulateur dans une salle de formation », illustre Géraldine Adam. Au‑delà de la modalité pédagogique adaptée à ces métiers opérationnels, elle souligne que les branches peuvent prioriser, via les NPEC, les financements vers les certifications conduisant aux métiers où les besoins de recrutement sont les plus importants.Au‑delà de l’accès aux métiers de ses adhérents, l’UTPF souhaite également rendre plus visibles les possibilités d’évolution et de reconversion pour améliorer leur attractivité. L’union patronale s’appuie notamment sur des travaux de cartographie des compétences et des formations, destinés à identifier les passerelles possibles entre professions et conduits dans le cadre de « Transformeurs ». Des travaux qui répondent également aux enjeux de mobilité entre entreprises et d’usure professionnelle, souligne‑t‑elle.


Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire