(AEF Info) Dans son plan thématique sur l’ESR et la formation continue publié le 26 octobre 2026, La France insoumise publie sa vision de la formation, de l’accès à l’enseignement supérieur jusqu’à la formation professionnelle au long de la vie, qui doit répondre « à l’intérêt général et aux grandes causes de notre temps ». Elle souhaite notamment remplacer Parcoursup et Mon Master par une nouvelle plateforme sans sélection et 250 000 places supplémentaires à l’université, mais aussi interdire l’enseignement supérieur privé lucratif et supprimer le HCERES, Qualiopi, ou encore l’approche par compétences.

Le jour où le Premier ministre, Sébastien Lecornu, annonce les réponses du gouvernement aux « attentes exprimées par les lycéens et les étudiants afin d’améliorer leurs conditions d’apprentissage et d’études », la France insoumise publie son plan thématique sur l’enseignement supérieur, la recherche et la formation continue, le 26 octobre, dans lequel elle promet notamment « l’abrogation de Parcoursup et Mon Master ». Les députés LFI défendent d’ailleurs cette suppression dans une proposition de loi déposée le 27 octobre.Le plan se propose de s’inscrire dans le sillage des « 10 mesures portées par la jeunesse à l’automne 2026 », en créant 250 000 places à l’université, là où le gouvernement en a annoncé 15 000 en BTS, BUT et dans les formations de santé pour répondre à la crise étudiante et lycéenne. Cette création s’accompagnerait d’une nouvelle « plateforme nationale centralisée pour les candidatures », mais fondée sur « une sectorisation sans sélection ». En amont, « un service public national de l’orientation » à destination des lycéens serait créé.Le document contient également une série de mesures sur l’enseignement supérieur privé lucratif, l’offre de formation initiale et continue, en posant comme principe directeur « un lien fort entre l’enseignement supérieur et le secondaire, ainsi qu’entre formation continue et formation initiale ».Lire aussiParcoursup : que proposent les candidats à l’élection présidentielle 2027 pour l’avenir de la plateforme ?Il aborde également les questions de recherche d’une part, et de gouvernance et de moyens pour l’enseignement supérieur d’autre part, qui font l’objet de deux dépêches sur AEF info.
Les plans thématiques
Les plans thématiques publiés par la France insoumise « présentent de manière approfondie et détaillée les actions qu’entreprendra le gouvernement insoumis dès son arrivée au pouvoir en mai 2027 pour faire face aux défis et aux urgences de notre temps », précise LFI sur le site mélenchon2027.fr. Ils « ont été élaborés de manière collective et contributive grâce au travail des groupes thématiques et parlementaires de la France insoumise au sein de l’espace programme coordonné par Clémence Guetté, vice‑présidente de l’Assemblée nationale et co‑présidente de l’Institut La Boétie, et Hadrien Clouet député LFI », est‑il par ailleurs précisé.
Une offre de formations unifiée sur le territoire
Les offres de formation initiale et tout au long de la carrière doivent répondre à « l’objectif de bifurcation écologique » et plus généralement « au service de l’intérêt général et des grandes causes de notre temps », selon LFI. L’organisation politique fait le pari du « niveau de qualification de la jeunesse », « principale richesse sur laquelle la France peut compter pour le futur ». Elle préconise par conséquent de « créer les nouvelles filières dont le pays a besoin, d’adapter les filières actuelles, de réfléchir partout à la façon dont chaque métier va être modifié par le changement profond de mode de production et de consommation ».Pour cela, LFI propose d' »unifier l’offre de formations et développer leur maillage ». Elle veut « reconstruire une carte de formations d’enseignement supérieur cohérente, y compris dans les villes moyennes et les Outre‑Mer » et « développer le caractère pluridisciplinaire des universités ». Une vision politique en opposition à l’autonomie des universités qui « assujettit l’ESR aux intérêts économiques et politiques locaux ». LFI critique également les COMP, qui « accélèrent les politiques de régionalisation ».
Intégrer toutes les formations publiques au système universitaire
Dans cette refonte de la carte, LFI souhaite « à terme intégrer l’ensemble des formations au système universitaire, en alignant par le haut les moyens octroyés », en citant les classes préparatoires, les écoles post‑bac liées aux formations sanitaires et sociales et les grandes écoles publiques.Elle veut également « encourager la poursuite d’études après un bac professionnel ou technologique » en BTS, licence professionnelle ou en BUT « qui seront transformés en licences LUT ».Lire aussiLicence pro, licence, BUT, écoles de la culture : quels sont les écarts d’insertion à bac+3 selon les données d’InserSup ?
Un usage « responsable et sûr de l’IA » dans l’ESR
L’IA « doit demeurer un outil d’assistance et d’émancipation, et non un substitut aux capacités humaines d’apprentissage, de raisonnement et de jugement », selon LFI. L’organisation politique veut « engager avec l’ensemble de la communauté universitaire un travail visant à construire une vision commune et à définir des principes directeurs pour un usage responsable et sûr de l’IA générative dans l’enseignement supérieur » et « refuse que son usage soit imposé aux personnels comme aux étudiant·es ».
Fin du HCERES et de l’approche par compétences
LFI entend « mettre fin à la généralisation dogmatique de l’approche par compétences, dont l’efficacité n’a jamais été démontrée ». Cette approche lie selon elle les formations universitaires « aux seules attentes à court terme des employeurs » et « marginalise les savoirs disciplinaires ».L’organisation politique souhaite également supprimer le HCERES, comme elle l’a déjà signifié par le passé en votant un amendement supprimant ce Haut Conseil. En remplacement, les modalités de l’évaluation des formations et des unités de recherche seront discutées « par concertation entre les différents acteurs de la recherche et dans le cadre des organes délibératifs du Cneser et du CNU« , qui seront « rénovés, renforcés et démocratisés ».
Contre la « marchandisation » de la formation continue
LFI affiche sa volonté de « reconstruire le service public national de la formation continue », en « rapprochant la formation continue et la formation initiale pour permettre une élévation continue du niveau de qualification des travailleurs ». Cela passe par des mesures de « démarchandisation » de la formation continue parmi lesquelles :
- la suppression de « l’obligation de mise en concurrence entre organismes de formation ». Les formations seraient confiées « en priorité aux organismes publics (Afpa, Greta, centres polytechniques professionnels, Cnam, universités) » ;
- le « rétablissement de l’encadrement public de la création de CFA ;
- « la primauté des qualifications, liées aux grilles de classification et codifiées dans les conventions collectives », par opposition à des compétences individuelles « aux contours flous et non reconnus, certifiées par des organismes privés contre rémunération ».
Qualiopi remplacé par un Conseil national de la qualification
LFI souhaite également supprimer le label Qualiopi, « qui a échoué à garantir la qualité des formations » et « permis à des entreprises commerciales de vendre des formations inadaptées aux besoins des citoyens et des professionnels ». Il serait remplacé par « un Conseil national de la qualification professionnelle » chargé de « l’élaboration et de la révision du cadre national des diplômes et des certifications, base de l’établissement de la carte nationale des formations », « d’établir les besoins de qualification » et de « mettre en place, de façon organisée et coopérative, les formations nécessaires pour y répondre ». Elle veut également que soit garanti « un socle renforcé d’enseignements généraux et disciplinaires » dans toutes les formations professionnelles pour « faciliter les passerelles et former des travailleurs qualifiés et capables d’adaptation ».Lire aussiQualité : les exigences, notamment pédagogiques, imposées aux organismes de formation et CFA sont renforcées (décret)LFI entend également créer un « réseau national de centres polytechniques professionnels de la formation initiale, du CAP à la licence professionnelle, et de la formation continue. » Il aurait charge « d’associer, coordonner et faire monter en puissance les structures existantes (lycées pro et agricoles, Greta, Afpa, Cnam, composantes universitaires, etc.) » et se verrait également confiée la mission de validation des acquis de l’expérience, conjointement aux établissements dispensateurs de diplômes d’État.
Suppression de l’enseignement supérieur privé lucratif
Il faudrait aussi interdire le caractère lucratif des écoles privées de l’enseignement supérieur et conditionner toutes les subventions publiques au privé à la « qualité pédagogique, la transparence financière et la mixité sociale ». LFI souhaite « renforcer le contrôle pédagogique de toutes les formations privées existantes ». Quant aux « établissements reconnus d’intérêt général » (LFI ne mentionne pas explicitement les Eespig), « ils auront la possibilité de rejoindre le service public d’enseignement supérieur et de la recherche ».« Le savoir est mis au seul service de la compétitivité des entreprises, ce qui provoque l’explosion de réseaux privés de formation et d’enseignement supérieur, dont certains ont des pratiques commerciales frauduleuses, largement subventionnées », regrette LFI. La dépense publique consacrée à l’alternance, « qui approche 23 milliards d’euros en 2025 » est qualifiée de « gabegie qui bénéficie principalement aux formations privées et aux entreprises, sans effet significatif en termes d’insertion professionnelle ».Lire aussi« Les NPEC sont très bas, ce qui entraîne l’abandon de certaines formations en apprentissage » (Philippe Grassaud, Eduservices)
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