« Nous en sommes à 80 % de notre feuille de route » (Sabrina Roubache)

(AEF) En déplacement dans la Marne, le 3 septembre 2026, la ministre déléguée Sabrina Roubache se veut rassurante auprès des acteurs de la voie professionnelle et de l’apprentissage. « On maintient le niveau de financement sur les niveaux de prise en charge et sur les aides aux employeurs dans le cadre du budget pour 2027″, insiste‑t‑elle lors d’un échange avec AEF info en marge de la Foire de Châlons‑en‑Champagne. Avec les autres membres du gouvernement, elle travaille également à la création d' »un fonds de sauvegarde dédié aux CFA défaillants doté de plusieurs dizaines de millions d’euros ».

Visuel principal Lors de sa visite à la Foire de Châlons-en-Champagne, le 3 septembre 2026, Sabrina Roubache a échangé avec des jeunes du lycée européen Étienne Oehmichen engagés dans des formations hôtellerie et restauration.
Lors de sa visite à la Foire de Châlons-en-Champagne, le 3 septembre 2026, Sabrina Roubache a échangé avec des jeunes du lycée européen Étienne Oehmichen engagés dans des formations hôtellerie et restauration.Crédit image :  AEFinfo – Astrid Gruyelle

La rentrée est chargée en déplacements pour Sabrina Roubache. Après la Seine‑Saint‑Denis, la Sarthe et la Seine‑Maritime fin août, la ministre déléguée en charge de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, s’est rendue à Clermont‑Ferrand (Puy‑de‑Dôme) le jour de la rentrée avant de prendre la route direction la Marne, le jeudi 3 septembre 2026. Premier arrêt à Vitry‑le‑François pour visiter le lycée polyvalent François Ier, l’un des plus grands de l’académie qui s’étend sur douze hectares. « On est en augmentation constante sur la voie pro et on en est fiers, déclare le proviseur, David Cognat, dans son discours d’accueil à la ministre. Depuis deux ans, on ouvre à plein sur l’ensemble des sections de la voie professionnelle. C’est même quelques fois un problème parce qu’on n’a plus de places pour certains élèves qui se retrouvent affectés sur d’autres établissements. »« La réforme de 2023 a permis de donner davantage d’attractivité à la voie pro », réagit la ministre en pointant l’effet de la « transformation de la carte des formations » qui fait partie de sa feuille de route. « Depuis cette réforme, on adapte aux besoins des entreprises les formations dans nos lycées, dans nos CFA« , ajoute‑t‑elle avant d’expliquer qu’une instruction interministérielle sera mise à jour sous peu. « C’est pour recadrer les choses, insiste Sabrina Roubache. On arrête de fonctionner en silos, d’un côté le public et de l’autre le privé. » Le souhait de la ministre est que « la carte des formations de l’Éducation nationale complète l’ensemble de l’offre de formation sur un territoire et que cela permette de décloisonner les parcours entre formations sous statut scolaire et formations sous statut apprenti », précise son cabinet à AEF info (voir interview de la ministre en encadré).

Un déséquilibre « conjoncturel »

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Loïc est apprenti au lycée François Ier.Crédit : AEFinfo – Astrid Gruyelle

Le lycée François Ier accueille également une trentaine d’apprentis par an. « Nous sommes un établissement qui est l’un des plus gros formateurs d’apprentis sous la forme publique », souligne le proviseur. En ce jeudi matin, apprentis et lycéens professionnels s’activent déjà au sein de l’atelier de maintenance des véhicules automobiles. En plein contrôle du châssis d’une voiture hissée par un pont élévateur, Loïc explique avoir trouvé un contrat d’apprentissage dans un garage proche du lycée. Mais ce n’est pas le cas de tous les candidats à l’alternance qui sont encore nombreux, à l’échelle nationale, à rechercher un employeur en ce mois de septembre.« Les jeunes vont de plus en plus vers l’apprentissage et les entreprises sont en train de s’adapter pour accueillir tous ces jeunes », relève la ministre. Selon une récente étude de JobTeaser, les candidatures en alternance ont progressé de 15 % au premier semestre 2026, tandis que le nombre d’offres d’emploi en alternance a reculé de 2 %. « Les entreprises doivent s’organiser pour absorber ces demandes, c’est conjoncturel, d’où mon appel aux entreprises de début septembre« , analyse encore Sabrina Roubache.

Trois questions à Sabrina Roubache

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Sabrina Roubache, ministre déléguée en charge de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage Crédit : AEFinfo – Astrid Gruyelle 

AEF info : Vous êtes pratiquement à mi‑parcours de votre mandat au sein de ce gouvernement. Où en êtes‑vous de votre feuille de route ?

Sabrina Roubache : Nous en sommes à 80 % de notre feuille de route. J’ai accéléré sur la transformation de la carte des formations. Une instruction interministérielle arrive. Elle va permettre de mieux organiser l’offre. Quand on a une offre publique satisfaisante sur un territoire, on doit ouvrir le dialogue avec des formations privées qui vont venir faire concurrence. Inversement, on ne peut pas ouvrir des filières dans le public quand on a une offre de formation privée d’un CFA qui correspond à un besoin du territoire. On réunit les deux mondes. L’Éducation nationale a fait sa révolution. Les barrières sont tombées. La question de la démographie et celle des financements vont aider à rapprocher les deux mondes.Il faut aussi travailler aux enjeux de mobilité et d’égalité des chances en réservant notamment des places en internat aux élèves de la voie pro. Cela assure une vraie mixité sociale en permettant à un jeune de mieux choisir sa formation car aucun parent ne laisse partir son ado s’il n’est pas encadré. S’y ajoutent trois sujets : le chantier des 3e « prépa‑métiers », une expérimentation pour réserver des places en filière pro pour des CAP et la mission que nous souhaitons lancer avec le ministre [de l’Éducation nationale] Édouard Geffray pour rapprocher le certificat de spécialisation de l’enseignement supérieur afin d’en faire un véritable Bac+1.

AEF info : Les crédits de l’apprentissage seront préservés dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, en revanche les dotations de l’État aux régions au titre de l’apprentissage seront supprimées. Cette décision est‑elle inéluctable ?
Sabrina Roubache : C’est important de le redire : le Premier ministre a souhaité que les crédits de l’apprentissage soient sanctuarisés. On maintient le niveau de financement sur les niveaux de prise en charge et sur les aides aux employeurs dans le cadre du budget pour 2027. Les NPEC ont été augmentés de 1,85 % alors qu’il était envisagé initialement une baisse de 4 %, ce n’est pas neutre.Ce n’est pas de gaîté de coeur que le gouvernement supprime les enveloppes aux régions au titre de l’apprentissage. Je sais que ce sont des coupes qui ont provoqué beaucoup de réactions légitimes. D’un autre côté, on est obligé de faire des choix. Gouverner c’est choisir. Choisir, c’est prendre des décisions qui ne sont pas forcément populaires.
AEF info : Le ministre du Travail a annoncé un fonds de soutien pour les CFA défaillants. De combien sera‑t‑il doté et quels CFA pourront en bénéficier ?
Sabrina Roubache : Nous sommes en effet en train de créer un fonds de sauvegarde dédié aux CFA défaillants doté de plusieurs dizaines de millions d’euros. Nous allons regarder les comptabilités analytiques, observer de manière objective et très franche les causes de ces défaillances. Si la cause de la défaillance est de la fraude, il n’y aura pas d’accès à de l’argent public. En revanche, les CFA pourront y avoir accès si c’est structurel, lié au modèle économique ‑ et c’est la majorité des cas. Dans ces situations, ils pourront être accompagnés pour les aider à restructurer leur offre. Il faut maintenir une approche territoriale et nous aurons besoin de toute la compétence des régions dans ce sens.Nous sommes également en train de finaliser avec le ministère du Travail une instruction sur les CFA défaillants. L’objectif est d’anticiper d’éventuelles défaillances en mobilisant auprès des CFA les services qui d’habitude sont en charge des entreprises en difficulté.

Un maintien de l’aide au premier équipement aux niveaux 3 et 4

Deuxième étape de la visite ministérielle dans la Marne : la Foire de Châlons‑en‑Champagne, rendez‑vous économique majeur du Grand Est qui célèbre cette année sa 80e édition. Direction le village des métiers et des formations qui débute avec le stand du BTP CFA Grand Est. La ministre évoque avec l’équipe dirigeante les changements de la rentrée, à commencer par la modulation de l’aide au premier équipement pédagogique des apprentis. « Le Premier ministre a signé un décret cet été pour qu’il soit prêt à la rentrée, souligne Sabrina Roubache. Il préserve les niveaux 3 et 4 qui en ont le plus besoin quand les familles ne peuvent pas payer les équipements qui coûtent cher ‑ vous qui êtes dans le BTP vous le savez mieux que moi. » Entré en vigueur le 30 juillet, ce décret maintient à 500 euros le plafond applicable à cette aide pour les niveaux infrabac et bac.« On a baissé un peu le montant pour le BTS, on est passé à 300 euros, précise la ministre. Et j’ai proposé de supprimer l’aide pour les niveaux 6 et 7 parce que c’était là qu’elle était la moins consommée. » Intervenue dans un objectif d’économie budgétaire, cette modulation de l’aide en fonction du niveau « n’est absolument pas un signal envoyé considérant qu’il faut privilégier l’apprentissage dans le secondaire, plutôt que dans le supérieur, mais simplement la volonté de replacer cette aide au premier équipement dans le cadre de la première formation », précise le cabinet à AEF info. Une décision entendue par le BTP CFA Grand Est. « C’est important pour nos jeunes des premiers niveaux d’avoir la possibilité de s’équiper correctement au début de la formation, réagit auprès d’AEF info son directeur général, Jean‑Michel Christe. Ce n’est pas grave pour la suppression au‑delà du niveau 5, c’est un choix qui s’entend parfaitement. »

Une régulation « par la qualité » et non plus « par les coûts »

Autre changement à venir sur lequel la ministre entend mettre l’accent face aux membres du CFA du bâtiment : la révision du référentiel national qualité qui sert de support à Qualiopi. « Je pense que ça va aider la majorité de CFA que vous êtes, qui gérez bien, qui êtes honnêtes, qui faites les choses avec le coeur », insiste Sabrina Roubache. Applicable au 1er novembre, cette refonte renforce les exigences auprès des organismes de formation et CFA, notamment en matière de qualité pédagogique. « On avance sur le guide de lecture de ce nouveau Qualiopi, précise le cabinet à AEF info. La ministre avait annoncé une concertation avec les certificateurs et les organismes de formation qui va commencer courant septembre. »Si l’équipe du CFA du bâtiment ne conteste pas cette révision, elle s’interroge cependant sur le financement de certaines formations. « Madame la ministre, qu’est‑ce que vous pensez des organismes qui font de la formation en distanciel et qui touchent 80 % de ce que nous touchons en faisant de la formation en présentiel ? », l’interpelle le président du BTP CFA Grand Est, Riccardo Agnesina. Alors que la réforme du financement de l’apprentissage entrée en vigueur au 1er juillet 2025 prévoit une minoration de 20 % des niveaux de prise en charge dans le cadre de formations dispensées au moins à 80 % à distance, la ministre n’évoque pas l’hypothèse d’aller plus loin sur le sujet.Elle revient en revanche sur les nouvelles mesures à l’encontre des CFA frauduleux portées par la loi relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales. « J’ai fait une régulation par la qualité, résume Sabrina Roubache. Maintenant, on arrête la régulation par les coûts. » Une vision qu’elle entend inscrire sur le temps long. « La ministre souhaite aborder 2027 en ayant une stabilisation du financement de l’apprentissage et une régulation par la qualité, précise son cabinet à AEF info. Ces mesures structurelles engagent l’appareil de l’État pour les années à venir et permettront de pérenniser la politique de l’apprentissage quels que soient les évènements à venir en 2027. »

Bientôt un fonds de soutien aux CFA en difficulté

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Sabrina Roubache s’est entretenue avec le président d’Alméa lors de sa visite à la Foire de Châlons-en-Champagne.Crédit : AEFinfo – Astrid Gruyelle

Pour autant, la régulation par les coûts aura laissé des marques. « Les niveaux de prise en charge, ça fait trois ans qu’ils baissent, souligne auprès d’AEF info le directeur général du BTP CFA Grand Est. Là ils augmentent, mais c’est au 1er septembre, 90 % de la rentrée est faite. » Pour ce CFA du bâtiment, ces baisses successives ont rendu certaines formations déficitaires. La situation est plus grave pour Alméa Formations Interpro, dont le stand se situe juste à côté. Un plan de sauvegarde de l’emploi est en cours dans le cadre d’un projet de réorganisation officialisé en avril 2026 et destiné à faire face aux difficultés financières de l’association gérée par les chambres consulaires. Il concerne 50 salariés sur 350. « On va les accompagner », affirme Sabrina Roubache face au président d’Alméa, François Labeste.La ministre pointe en revanche que les difficultés financières sont dues dans le cas d’Alméa à des décisions de gestion de l’équipe dirigeante précédente. « Là où ce sont des défaillances humaines, ce n’est pas le rôle de l’État d’intervenir, il y a besoin de faire évoluer le modèle économique, assure la ministre. En revanche, nous allons lancer un fonds de soutien pour les CFA défaillants qui pourrait bénéficier à des établissements comme Alméa. »

Une réunion décisive pour Alméa le 10 septembre

« La situation d’Alméa est aujourd’hui compliquée », explique François Labeste à AEF info. Arrivé à la présidence de l’association il y a moins d’un an, il précise que « l’année dernière, le déficit était à 2,6 millions d’euros ». « On doit absolument adapter notre modèle économique, on a un gros travail de réorganisation », prévoit‑il. Le président d’Alméa se montre toutefois positif. « On maintient la quasi‑totalité de nos formations, insiste‑t‑il. Alméa ne ferme pas. Toute formation débutée ira à son terme. On ne laissera pas les jeunes dehors. »« Par rapport à nos difficultés financières, nous discutons avec Madame la ministre de modalités pour assurer la pérennité d’Alméa, poursuit François Labeste. On a besoin de solidarité dans le cadre de projets qui vont nécessiter des emprunts bancaires. Aujourd’hui, obtenir des emprunts et des garanties c’est compliqué pour nous. On a des banquiers qui sont prêts à nous suivre, on a besoin de réassurer les banquiers pour l’avenir. »Un appel qui semble avoir été entendu. « Des choix de l’équipe précédente étaient de mauvais choix d’investissement, l’État n’y peut rien, réitère Sabrina Roubache auprès d’AEF info. Par contre, l’État peut accompagner le PSE. Et on va l’accompagner, personne par personne, parcours par parcours, et volonté par volonté. Je suis là pour dire à Alméa : vous allez tout remettre à plat, restructurer et sauver tout ce qu’il est possible de sauver en termes de formations. On va regarder si l’Éducation nationale est en capacité de reprendre quelques formateurs. » Côté finances, « la région a fait un énorme effort en décalant les échéances de loyers », pointe la ministre. « Une réunion très importante se tiendra le 10 septembre, présidée par le Sgar avec toutes les parties prenantes, pour regarder avec les banques comment obtenir la garantie de prêt », précise‑t‑elle.

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