Jean-Pierre Farandou défend un projet de « bonus fléché » pour soutenir l’apprentissage dans certains secteurs en tension

(AEF Info) La défense, le nucléaire ou encore le BTP pourraient bien bénéficier d’un financement supplémentaire de leurs contrats d’apprentissage dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027. « Il y aura un petit bonus fléché, sectorisé », a annoncé Jean‑Pierre Farandou, le lundi 7 septembre 2026, lors d’un déplacement au CFA de Rueil‑Malmaison (Hauts‑de‑Seine) spécialisé dans les métiers du bâtiment et des travaux publics. Le ministre du Travail a toutefois précisé que ce sujet n’était « pas arbitré » même s’il a « bon espoir » de le voir aboutir.

Visuel principal Lors de la visite de l'atelier "fluides et énergies" du BTP CFA Rueil-Malmaison, le 7 septembre 2026, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, écoute les explications du formateur en présence du directeur de l'établissement et des représentants des organisations professionnelles du bâtiment.
Lors de la visite de l’atelier « fluides et énergies » du BTP CFA Rueil-Malmaison, le 7 septembre 2026, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, écoute les explications du formateur en présence du directeur de l’établissement et des représentants des organisations professionnelles du bâtiment.Crédit image :  AEFinfo – Astrid Gruyelle

De l’atelier finitions à l’atelier fluides et énergies en passant par la métallerie et la menuiserie : le ministre du Travail a visité, le lundi 7 septembre 2026, le CFA de Rueil‑Malmaison (Hauts‑de‑Seine) à l’occasion de la rentrée scolaire. Dans cet établissement de l’Ouest parisien spécialisé dans les métiers du bâtiment et des travaux publics, « notre difficulté est aujourd’hui de préparer la rentrée, de positionner les jeunes dans une formation alternée », lui a expliqué son directeur, Pierre Gomez. « Vous avez rencontré des jeunes hommes, des jeunes femmes qui vous ont dit la difficulté de trouver une entreprise d’accueil », a‑t‑il insisté auprès du ministre dans le cadre d’une table ronde organisée à l’issue de la visite.Pierre Gomez a pointé par ailleurs « toutes ces normes » mises en place depuis la réforme de l’apprentissage de 2018 et dénoncé un « millefeuille de contrôles et de réglementation qui concerne l’ensemble des CFA de France ». Également présent lors de cet échange, le secrétaire général de BTP CFA Île‑de‑France, David Fabre, a conforté ce constat. « Nous comprenons la nécessité de maîtriser la dépense publique, de responsabiliser les acteurs, mais aussi bien sûr de contrôler l’utilisation des fonds, a‑t‑il exposé. Néanmoins, nous observons et nous subissons aussi parfois une accumulation de règles qui arrivent régulièrement au sein de nos structures et mettent en péril le pilotage de notre activité. »

Des CFA « sous tension »

Parmi les sujets préoccupants, le secrétaire général de BTP CFA Île‑de‑France a cité « les niveaux de prise en charge, la facturation, les aides à l’apprentissage, le financement du permis B, les financements régionaux, mais également dernièrement le premier équipement, l’assujettissement des CFA au paiement de la taxe d’apprentissage ». « Chaque mesure peut avoir sa logique, mais leur succession, leur calendrier, parfois leur articulation mettent nos organisations sous tension », a‑t‑il affirmé à l’attention du ministre. Pour David Fabre, l’ensemble de ces mesures a des répercussions concrètes au sein des CFA impliquant un « changement de système d’information », une « adaptation de la facturation », « le fait de revoir un budget, de supprimer ou de reporter un projet », « le fait d’être en capacité d’expliquer la nouvelle règle aux entreprises », ou encore de « former [les] formateurs ».« Cette instabilité a un coût, elle fragilise la confiance, détourne nos équipes de leurs missions premières », a‑t‑il résumé avant de citer un exemple. « Pour les niveaux 6 et 7 nous sommes amenés à facturer un reste à charge obligatoire aux entreprises de 750 euros, a‑t‑il illustré en référence à la réforme du financement de l’apprentissage entrée en vigueur le 1er juillet 2025. Ces mêmes entreprises peuvent bénéficier d’une aide d’un montant équivalent de 750 euros versé par l’État (1). On crée un double flux en sens contraire, et entre deux de la facturation, du recouvrement, du contrôle et donc de la complexité. » Une complexité également dénoncée par les représentants des organisations patronales présents pour l’occasion, la FFB et la Capeb, qui regrettent en particulier « le rabotage des subventions aux régions dédiées aux CFA parce qu’en faisant ça, on laisse peut‑être des jeunes sur le carreau ».

« Ajuster ça ne veut pas dire casser »

« Il y a toujours un million d’apprentis à peu près, a réagi Jean‑Pierre Farandou. Il y a des entrées autour de 800 000. » Selon le ministre du Travail, « on est toujours sur des volumes importants, il y a une petite baisse, mais à peine, ce n’est pas énorme », a‑t‑il analysé alors que les entrées en apprentissage ont reculé de 2,2 % au premier semestre 2026 sur un an. « On a un problème d’argent donc oui, on est obligés d’ajuster, a‑t‑il ajouté. Ajuster ça ne veut pas dire casser, ça veut dire ajuster. » Et de rappeler le montant des crédits consacrés à la politique de l’apprentissage par l’État. « L’apprentissage avant la réforme c’est 4‑5 milliards [d’euros] par an. Le pic de la dépense c’est 2024 : 16 milliards. Là on est sur un plateau à 13. Et on va rester sur le plateau. »Revenant sur la loi de finances pour 2026, le ministre a reconnu : « C’est vrai que l’année dernière j’ai porté une baisse, pas de gaîté de coeur ». Il aborde différemment les discussions autour du projet de loi de finances pour 2027. « Dans ce contexte de la baisse de la dépense publique, j’ai obtenu que l’apprentissage ‑ au moins au niveau national ‑ soit sacralisé », a‑t‑il souligné avant d’ajouter : « On voit bien qu’on a compris le message et on arrête. Ça veut dire qu’on y croit parce que dans le contexte actuel c’est une décision forte de maintenir les crédits au niveau national ». « Avec les régions, c’est un sujet qui est compliqué je le sais, a‑t‑il admis. Je connais le rôle des régions. Je sais que les régions ‑ notamment l’Île‑de‑France ‑ s’investissent beaucoup sur la formation en général et sur les CFA en particulier. C’est une histoire globale de flux entre l’État et les régions. »Avec la préservation des crédits de l’État au titre de l’apprentissage dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, « les NPEC restent au même niveau », a assuré Jean‑Pierre Farandou. Autre ligne budgétaire conservée à l’identique : celle consacrée aux aides à l’embauche d’apprentis qui avaient été revues à la baisse en mars 2026. « Pour les entreprises, on a arrêté de dégringoler l’escalier donc on ne touche à rien, a insisté le ministre. Les aides aux entreprises sont maintenues. » Et d’ajouter : « ça, c’est décidé, je vais signer une lettre aujourd’hui pour que les acteurs aient cette information ». Par ce courrier, « le ministre souhaite informer directement les acteurs de l’apprentissage des orientations retenues pour 2027 avec un message central : dans un contexte budgétaire exigeant, le gouvernement fait le choix de maintenir son ambition pour l’apprentissage et de donner de la stabilité aux entreprises comme aux CFA », précise le cabinet à AEF info.

Deux sujets à arbitrer

Toujours dans le cadre des discussions budgétaires en cours, le ministre porte d’autres priorités en matière d’apprentissage. En particulier « deux sujets qui ne sont pas arbitrés mais j’ai bon espoir », a rapporté Jean‑Pierre Farandou aux acteurs de l’apprentissage réunis au CFA de Rueil‑Malmaison. « Premièrement, d’avoir même un petit bonus pour les secteurs en tension ‑ et le BTP peut en faire partie, a‑t‑il annoncé. Il y aura un petit bonus fléché, sectorisé, je pense à la défense, au nucléaire et au BTP. » Cette revalorisation applicable aux niveaux de prise en charge vise à « mieux orienter les financements de l’apprentissage vers les compétences stratégiques et d’avenir, en lien avec les besoins de notre économie », complète le cabinet auprès d’AEF info. « Les secteurs concernés, les modalités précises de cette modulation et son calendrier doivent encore faire l’objet de travaux, notamment avec les partenaires sociaux et les acteurs concernés », ajoute‑t‑il.Le deuxième sujet qu’il reste à arbitrer concerne les CFA dits « défaillants ». « On est conscients qu’il y a quelques CFA qui pourraient être en difficulté comptable, a pointé Jean‑Pierre Farandou. On se dote d’un budget pour les aider. Ceux qui en valent la peine, on interviendra pour les aider. » Cette hypothèse avait déjà été évoquée précédemment par le ministre du Travail et récemment par la ministre déléguée à l’Apprentissage. « Le gouvernement souhaite se doter en 2027 d’un fonds national permettant d’accompagner les CFA qui rencontrent des difficultés économiques lorsque leur offre de formation présente un intérêt stratégique pour une filière ou un territoire, détaille l’entourage de Jean‑Pierre Farandou. Les modalités d’intervention et le calibrage du fonds seront précisés dans le cadre des travaux budgétaires. L’objectif n’est pas de compenser systématiquement les difficultés de tous les CFA, mais de pouvoir préserver des capacités de formation, notamment en cas de compétences particulièrement nécessaire pour notre nation et dont notre économie et nos territoires ont besoin. »

Un appel aux parlementaires

Le directeur du BTP CFA de Rueil‑Malmaison a profité de la présence du député Pierre Cazeneuve (Ensemble pour la République, Hauts‑de‑Seine) lors de la visite ministérielle pour faire état d’une difficulté d’ordre réglementaire. « Le contrat d’apprentissage peut être signé de 15 à 30 ans, a‑t‑il rappelé lors de la table ronde. Un jeune qui finit sa scolarité en 3e et qui est né entre septembre et décembre ne peut pas intégrer l’établissement. » Dans cette situation, « le législateur a mis en place la possibilité de signer une convention avec un collège ou avec un lycée », a précisé Pierre Gomez, mais cela pose des difficultés pour « administrativement le faire redoubler, ou l’inscrire dans un lycée où il ne restera que quelques semaines ». Selon lui, « ça concerne quelques jeunes par établissement », et plus précisément « dans le 92, l’an dernier, ça représentait une vingtaine de jeunes ». Pierre Gomez a donc demandé aux parlementaires de « faire évoluer cette situation ».

(1) L’aide à l’embauche d’apprentis a été révisé pour les contrats conclus à partir du 8 mars 2026. Le montant de 750 euros maximum s’applique aux entreprises de 250 salariés et plus embauchant un apprenti qui prépare une certification de niveau 6 ou 7 (licence ou master).